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Altitude sickness

La peinture de Simon Willems est au centre d’un conflit, un nœud de paradoxes et d’ambiguïtés qui réside entre la réalité et le monde des idées. Ainsi, l’univers qu’il compose semble tiraillé, partagé entre détermination et indétermination.
 
La série de tableaux qu’il présente cette année à la galerie Polaris est née d’un trouble profond ressenti à la découverte d’un restaurant touristique installé dans l’ancienne maison de vacances d’Hitler à Berchtesgaden. En contradiction avec la nature du lieu —espace préservé et sérénité des hautes montagnes— ce restaurant cristallise les répulsions du peintre, de par son histoire passée mais aussi par la vulgarité d’aujourd’hui inhérente au tourisme de masse.

Cette double violence transparaît dans les atmosphères lourdes et désertées de ses tableaux. Les tonalités grises qu’il emploie suggèrent la perte d’identité et le drame qui imprègne l’histoire du lieu. Mais si le propos est critique, il reste aussi profondément énigmatique. Car Simon Willems va chercher du côté de ses icônes personnelles, dont celles de Star Wars qu’il utilise depuis quelques années ou des références à l’histoire de l’art, pour exprimer son ressenti.
 
Et c’est avec une note d’humour indispensable semble-t-il à son questionnement critique, qu’il construit ses images. Dans la série «Magic Combo Project», Simon Willems a travaillé sur des vues extérieures du restaurant suggérées à l’aquarelle, devant lesquelles il fait flotter des ballons, enseignes publicitaires en forme de hamburgers ou de pintes de bière.
Si les lieux sont indéterminés, les clichés eux sont stables et définis, bien dessinés à l’acrylique. L’artiste jouant ainsi de cette confrontation des registres pour introduire le doute et l’interrogation des images.
 
Son langage pictural traduit ce questionnement. Il condense, simplifie les scènes en mettant l’accent sur certains éléments qui se détachent grâce à un rendu très léché ou un ajout de matière picturale, contrastant avec des zones plus rapidement ébauchées. Stabilité et vibration coexistent, dans un jeu d’abstraction du réel qui nous fait voyager dans une vision mentale très personnelle où la dérision la plus noire dialogue avec ce qu’il nous reste d’humanité.

Simon Willems
Altitude sickness, 2009. Oil & acrylic on linen. 65 x 45 cm.
Clientele, 2009. Watercolour & acrylic on paper. 42 x 56 cm.
Meltdown, 2009. Oil,acrylic on linen, 35 x 40 cm.
Clientele, 2009. Oil & acrylic on linen. 160 x 200 cm.
— «Magic combo project» , 2009. Watercolour acrylic on paper. Dimansions variables.