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Alex Hay

Qu’est-ce que la peinture? Pour répondre à cette question obsessionnelle, Alex Hay a réalisé une série de toiles et de dessins fonctionnant comme une allégorie de la Peinture et du temps qui passe…

La peinture est un motif, affirme-t-il d’abord. Une première toile, à côté de l’entrée de la galerie Nelson-Freeman, montre en gros plan le visuel classique d’un linoléum à camouflage gris taché de rose et de bleu. Un ornement brut évoquant à la fois les motifs de la nature, l’art rupestre et les premières peintures tribales.

La peinture est une surface, reprend ensuite Alex Hay. Deux tableaux affichent la matière agrandie de fragments de bois, le veinage marqué, les nœuds tordus, la texture lignifiée ou rugueuse, les teintes ocres et sépias… La planche de bois est emblématique de la peinture de chevalet car elle en est le support initial. Alex Hay s’amuse à inverser l’ordre de lecture, le support apparaît alors ironiquement au dessus de la très attendue représentation.

La peinture est une matière, souligne également Alex Hay. Les trois dernières toiles illustrent avec humour cette affirmation. On y voit en trompe-l’œil démesuré l’image d’une texture épaisse et gluante, une peinture industrielle vert-jardin déposée grossièrement sur une lame de bois.
Alex Hay joue la progression chronologique, chaque toile affiche une texture de plus en plus abîmée, jusqu’à ce que ne reste, sur la dernière image, qu’une mince marque, un résidu de couleur sur l’imitation de la planche. La peinture comme matériau figure ici une peau vieillissante, une présence s’effaçant, une existence bientôt disparue… un moyen poétique pour l’artiste d’évoquer les traces indélébiles du temps sur les œuvres et sur les hommes. Alex Hay est né en 1930, ces images ont ainsi valeur d’autoportraits. Relier l’art à la vie, son art à sa vie fait une œuvre sensible, sincère car authentique.

La peinture est enfin une illusion de représentation. La technique du pochoir annihilant toutes gestuelles et toutes épaisseurs est idéale pour ces trompe-l’œil, ces images hyperréalistes. La palette colorée est chaque fois extrêmement réduite permettant des contrastes forts. La vision en macro est un artifice classique mais efficace car créant le trouble. Le motif est fait de multiples aplats colorés petits ou grands, savamment orchestrées sur la toile. A se coller au tableau on ne perçoit rien, au mieux admire-t-on une abstraction… mais avec suffisamment de recul, l’image apparaît, lisible, parfaitement nette, ultra-matière, aux volumes ultra-gonflés.

Seule la déambulation, donc, permet d’apprécier la richesse des vues, de l’abstraction à la figuration la plus réaliste. Alex Hay sollicite ainsi l’action du spectateur. Il faut savoir évoluer, s’éloigner pour avoir le meilleur point de vue, prendre du recul pour mieux comprendre. Il sollicite aussi ses capacités de persistance rétinienne permettant de voir un motif dans une superposition de tâches.

Dans les années 60, l’américain était actif au sein du mouvement de l’Art conceptuel et peu de temps après Harald Szeeman donnait enfin au processus de création la valeur d’œuvre d’art. Ainsi reprenant cette idée, l’artiste expose ses calques de travail, des calques ayant à priori servi à la conception des pochoirs. Quand on évoque le pochoir, on mentionne indirectement les matrices, les supports ajourés. Sur les calques, des traits à la mine de plomb et aux crayons de couleurs forment justement les contours à découper. Cependant l’artiste crée le mystère… Le travail de peinture découle-t-il du calque ou Alex Hay a-t-il réalisé des calques factices ? Quoi qu’il en soit ces calques matérialisent l’idée de concept. Ils évoquent aussi le vernis, protecteur et révélateur, embellissant mais indélébile, incrusté des rides du motif et vieillissant…

Deux versions complémentaires dialoguent donc dans ces peintures de peintures une pleine et une vide, la forme et son contour, la toile opaque et le calque transparent tel le yin et le yang devant s’équilibrer.

Qu’il soit en partie un motif, un support, un matériau ou encore une illusion, voilà donc un domaine, la peinture, qu’on ne pourrait réduire à quelques notions. Par la mécanique de la synecdoque Alex Hay assure cependant qu’un peu de peinture c’est déjà « La » peinture.

Œuvres
— Alex Hay, Past time, 2007. Acrylique en spray appliquée au pochoir sur lin. 134,6 x 104,5 cm.
— Alex Hay, Three Times Green Time, 2009. Acrylique en spray appliquée au pochoir sur lin. 120 x 127 cm.
— Alex Hay, Long Time Brown, 2007/2008. Laque en spray appliquée au pochoir sur lin.134,6 x 101,6 cm.
— Alex Hay, Past time, 2007. Crayon de couleur et mine de plomb sur papier calque coton.149,9 x 118,4 cm.