DANSE | SPECTACLE

Le Temps d’Aimer la Danse | Fix Me

07 Sep - 07 Sep 2019

Avec Fix Me, le chorégraphe Alban Richard livre une pièce pour quatre danseurs, sur un live électro d'Arnaud Rebotini. Tribune énergique et sans parole, les corps y dansent et capturent l'attention, magnétiques dans leur charge politico-chorégraphique.

Quand le chorégraphe Alban Richard, directeur du CCN de Caen en Normandie — Centre Chorégraphique National — rencontre le compositeur et musicien Arnaud Rebotini, cela donne Fix Me (2018). Une pièce pour quatre danseurs, également chorégraphes. À savoir Aina Alegre, Mélanie Cholet, Max Fossati et Asha Thomas. Créateur particulièrement attentif à la composition musicale, Alban Richard a déjà travaillé plusieurs fois avec l’Ircam — Institut de recherche et coordination acoustique/musique. Pour des commandes telles que With my limbs in the dark (2009) et Night: Light (2012). Cette intrication danse/musique, Alban Richard lui fait embrasser les siècles, de Henry Purcell (1659-1695) à Raphaël Cendo (né en 1975), par exemple. Pour Fix Me, il renoue en un sens avec sa première création, le duo Come Out (1999), sur la pièce éponyme de Steve Reich (1966). Avec une plongée chorégraphique dans la rythmique des prêches d’évangélistes américaines, notamment.

Fix Me d’Alban Richard et Arnaud Rebotini : quatre danseurs et un set électro live

Pièce explorant la puissance des corps au-delà du seul organisme, Fix Me joue sur les mots. Le titre y signifie tour à tour « Répare moi », « Regarde moi » ou « Fais moi un fix » (de drogue par intraveineuse). Un titre à la fois court, condensé et pluriel, qui annonce la couleur. Celle du mix d’Arnaud Rebotini, notamment. Musicien électro, il déroule en live une techno pulsée et texturée, qui semble envelopper et propulser le corps des danseurs. Sans parole, mais tout en gestes éloquents, les quatre interprètes transforment la scène en une sorte de tribune. Entre prêche, hip-hop féministe et adresse politique : les corps vibrent et focalisent l’attention. Répondant ainsi à la question de savoir si, même sans parole, une gestuelle peut cristalliser les regards, désirs et tensions politiques. Et si oui (ce qui est bien sûr le cas) : avec quels gestes, à quel rythme.

De la symphonie classique à la harangue évangéliste : la puissance des gestes

Jeu d’hypnose et d’architecture, Alban Richard et Arnaud Rebotini y travaillent également à partir de l’ossature d’une symphonie classique. Via quatre mouvements à tempi différents. Une architectonique organisée en Adagio (Allegro Vivace), Molto Vivace-Presto, Adagio (Andante), Presto. Structure qu’Arnaud Rebotini triture à la boîte à rythme et au synthétiseur analogiques. Pour une électro charpentée et enveloppante ; une texture sonore qui impulse à la danse une énergie particulièrement contagieuse. Aux livres III et X de La République, Platon proposait déjà de bannir certaines séries d’accords de la cité idéale. Pour leur en substituer d’autres. Ces passages sont restés fameux quant aux liens entre la musique (rythmes, sonorités, timbres…) et ses usages sociopolitiques. Explorant ce vaste registre, Fix Me trace un chemin qui relie symphonie classique, électro, hip-hop féministe et harangue évangéliste, notamment. Sans didactisme, tout en sueur et propagation d’énergie, la constellation Fix Me rayonne d’une attraction magnétique.

À retrouver juste après le sommet du G7 2019, à Biarritz, dans le cadre du festival Le Temps d’Aimer la Danse (du 6 au 15 septembre).