DANSE | SPECTACLE

Le Printemps de la danse arabe | Kawa

24 Mar - 24 Mar 2019

Solo écrit à deux et rejoué dix ans après sa création, Kawa d'Aïcha M'Barek et Hafiz Douah est intense comme un café noir. Interprété par Hafiz Dhaou, la performance opère un retour à l'essentiel, en suivant la voix du poète Mahmoud Darwich.

Avec Kawa, le duo de chorégraphes Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou (Cie Chatha) propose un solo écrit à deux. Interprété par Hafiz Dhaou, Kawa [café, en arabe] libère des arômes très personnels, comme le café matinal. Pièce fêtant son dixième anniversaire, Kawa (2009) a vu le jour dans un contexte chorégraphique de recentrement. Un moment d’articulation artistique où le duo s’était alors donné la liberté d’un temps de recul, de souffle, de travail pour soi. En fil de trame, Kawa prend ainsi un texte du poète palestinien Mahmoud Darwich (Une mémoire pour l’oubli, 1982). « Le café (…) il faut se le préparer soi-même et ne pas se le faire servir. Car celui qui vous l’apporte y ajoute ses paroles, et le café du matin ne supporte pas le moindre mot ». Solo intense et concentré, sur scène, Hafiz Dhaou commence par s’extraire d’un amoncellement de tasses blanches.

Kawa d’Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou : un solo à deux, dix ans après

Solo corsé et vital comme le café du matin, Kawa déroule et enlace danse et paroles. Avec la voix de Mahmoud Darwich pour guider cette traversée de la nuit au jour. Ouverture symbolique, le flot de tasses blanches laisse apparaître un danseur concentré. Lente progression en forme d’éveil, au monde comme à soi, Kawa distille des saveurs changeantes. « Le café est donc ce silence originel, matinal, circonspect, solitaire où tu te tiens, tout seul ». Tourbillonnaire, vibrant ou convulsif, comme le liquide sombre et brillant répandant ses volutes parfumées, Hafiz Dhaou peuple la scène de sa concentration chorégraphique. La pièce Kawa, c’est aussi le choix de faire un pas de côté entre plusieurs pièces de groupe et d’envergure, à cheval entre les deux rives de la Méditerranée. Un temps pour se demander comment l’art peut échapper, ou composer, avec les contraintes et attentes (économiques, culturelles…).

Kawa : un solo concentré, porté par la voix du poète Mahmoud Darwich

Enseveli sous la pression des tasses, aussi vides que nombreuses, Kawa répond à la pressurisation par davantage de concentration. Comme un café noir et brûlant, d’abord amer pour mieux laisser ses arômes rouler en bouche. Réveil flou et dissipé, solitaire et en deçà des mots, le rituel des gestes ramène à la vie. Dans une spirale rassemblant toutes ses énergies pour les concentrer en un point précis et rapide. Métaphore du processus créatif, en solo comme à plusieurs, Kawa explore la restauration des ressources énergétiques. Face aux contraintes qu’implique la création d’un spectacle ; face à la dispersion que peut provoquer la charge du groupe, Kawa se ressert. Rayonnement ou radiation inversée, la pièce attire les énergies. Restituant à son tour quelque chose du retour à soi. Du silence à la redécouverte de ce qui fait palpiter la danse d’Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou. Par la médiation poétique de Mahmoud Darwich.