ART | CRITIQUE

Adam Adach

PSophie Collombat
@12 Jan 2008

Le peintre polonais Adam Adach saisit des moments de l’existence ordinaire. Inspirées souvent de la photographie ou du cinéma, ses toiles expriment, avec une sobriété de moyens, l’instant unique où culmine l’intensité d’un sentiment, d’une émotion pure.

Après une exposition qui présentait des scènes hautement autobiographiques, le peintre d’origine polonaise Adam Adach offre une série de nouvelles toiles aux thèmes très diversifiés.

Si les références à sa propre vie disparaissent, il reste cependant très proche de ce thème en présentant des saynètes du quotidien. Le traitement pictural se fait très sommaire, loin des fioritures et des coulées de peintures artificielles, l’artiste choisit en effet la simplicité des formes, des couleurs et de la matière. La toile vierge apparaît souvent au milieu des lignes presque schématiques de ses compositions.
L’économie du trait et de la couleur, souvent dans les tons pastel, offre au regard une atmosphère douce, parfois proche de la nostalgie. Pourtant, les thèmes qu’il aborde ne le sont pas : très anecdotiques, ceux-là portent sur différents moments de l’existence. La visite d’un musée, la rencontre et la séparation d’un couple, les gestes répétitifs d’un travail minutieux, un déménagement.

Dans ces scènes d’apparence anodines, la représentation de ces gestes quotidiens en peinture se trouve problématisée. En effet, comment conférer une authenticité à des images que l’on voit souvent dans la réalité mais aussi beaucoup reproduites dans les médias? Comment parvenir à une (trans)figuration de la banalité sans pour autant tomber dans le cliché?

Les cadres que l’artiste choisit procède pour beaucoup de la photographie ou du cinéma : ce couple au premier plan d’une architecture moderniste, au crépuscule, semble tout droit sorti d’un film romantique ou d’une carte postale bon marché ; de même, cet autre couple décalé sur la gauche de la composition, se déchirant, un verre à la main, rappelle une fiction dramatique. Fort de ce cadre déjà vu, l’artiste peut ainsi se concentrer sur ce qui l’intéresse véritablement, c’est-à-dire la représentation de l’instant précis qu’il représente. Un instant unique, pendant lequel culmine l’intensité du sentiment, l’expression d’une émotion pure. Très difficilement traduisible et reproductible, ce moment tient à très peu de choses. C’est pourquoi, la peinture, la matière du peintre se fait discrète, limitée et le temps est comme suspendu.

Dans Summer Housemoving, par exemple, tout se joue autour de ces traits, disposés en spirale et comme effaçant la scène qui se déroule en arrière-plan. Le déménagement en lui-même n’a aucun intérêt, mais la sensation qui l’accompagne, si.
C’est ce mélange entre couleurs chaudes, figurant l’été, la position des deux jeunes filles en équilibre et regardant à travers une lunette, qui dépeint la sensation d’excitation et de joie liée à la situation de nouveauté, de changement.

Il en est de même avec la toile intitulée Eboubié-M.A.O. L’espace d’une seconde, le petit garçon tiré par le bras de sa mère est arrêté, fasciné par la fresque monumentale qui se déroule sous ses yeux, contant l’histoire de toute une civilisation.

Coréennes qui pourrait donner à voir, comme habituellement, les conditions difficiles de ces travailleuses sous-payées, évoque au contraire la solidarité et la complicité qui peut se construire entre deux jeunes femmes, malgré le silence et la concentration imposée, l’espace d’un instant.

La sensation, le sentiment, les rapports entre les êtres humains ressortent fortement dans ces peintures à la fois matériellement très sobres et pourtant d’une profondeur remarquable.

Adam Adach
Summer Housemoving, 2005. Huile sur toile. 120 x 82 cm.
Quai du Lot, 2005. Huile sur toile. 162 x 181 cm.
Eboubié – M.A.O., 2005. Diptyque. Huile sur bois. 46 x 38 cm et 150 x 103 cm.
Dobroe Utro Afrika – Color Work, 2005. Diptyque. Huile sur toile. 50 x 30 cm et 50 x 65 cm.
Local Blue, 2005. Huile sur toile. 60 x 73 cm.
Coréennes, 2005. Huile sur toile. 73 x 60 cm.
Visa de censure – (Lost horizon), 2005. Huile sur toile. 162 x 182 cm.
Corona Borealis, 2005. Huile sur toile, 82 x 120 cm.
Actor’s Studio, 2005. Huile sur toile, 46 x 61 cm.
Arigatô gozaïmasu, 2005. Huile sur bois, 50 x 61 cm.
Mother’s Sister’s Sons, 2005. Huile sur toile, 50 x 65 cm.
Getting Mentsch, 2005. Huile sur toile, 50 x 65 cm.
Pilots, 2005. Huile sur toile. 130 x 195 cm.
Brat Czeska, 2005. Huile sur bois, 29 x 23 cm.