ART | CRITIQUE

Abstracting… light, The Mercury Window

Vernissage le 06 Mai 2010
PEmmanuel Posnic
@07 Juin 2010

Deux artistes à l'affiche chez Almine Rech: l'Allemand Matthias Bitzer («The Mercury Window») et l'Américaine Barbara Kasten («Abstracting...Light»). Ils se répondent ici dans un dialogue à distance, la représentation du réel comme sujet de réflexion.

Matthias Bitzer et Barbara Kasten, ce sont deux générations d’artistes contemporains et deux manières d’interroger l’abstraction.
Ils ont beau occuper chacun un niveau de la galerie Almine Rech, des échos retentissent à la lecture de leurs œuvres notamment dans cette posture qu’ils occupent face à l’histoire de l’abstraction. Une posture de détachement qui se risque cependant à prélever des extraits, à puiser parmi de fameux vestiges.

D’un côté, le détachement. Matthias Bitzer tourne autour de la représentation de la figure. En choisissant Fernando Pessoa en astre bienveillant, il pose d’emblée la difficulté de la représentation. Comment montrer le corps quand celui-ci est multiple? Pessoa lui-même se «multipliait» en hétéronymes: Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Alvaro ou son double le plus proche, Bernardo Soares, l’«auteur» du Livre de l’intranquillité.
Chacun campant une partie de lui-même de telle sorte qu’ils «écrivaient» pour lui. A la lumière de cette expérience ultime, l’une de celles qui qualifient le mieux la complexité de l’individu, Matthias Bitzer suggère l’éclatement de l’image.

Dans sa série de dessins à la mine de plomb, «The Mercury Window», Matthias Bitzer fractionne ses portraits à l’intérieur d’un dispositif kaléidoscopique qui masque et perturbe l’apparition. Les dessins se prolongent dans les sculptures anthropomorphiques voisines, pas tout à fait les mêmes et pourtant quasiment identiques, elles aussi guidées par un enchevêtrement de courbes et de lignes à l’oblique. Des mots, ceux du poète portugais, finissent d’accomplir cette étrange traversée dans l’image. Une image que les figures d’abord puis que le langage ensuite façonne.

L’abstraction de Matthias Bitzer réside dans cette narration sauvage, furtive, le doigt pointé vers la figuration sans que jamais elle ne s’y perde.

Chez Barbara Kasten, l’abstraction pourrait être prise comme une simple conséquence, une mise en défaut de la réalité. Ses récentes séries de photographies («Abstracting… Light») mettent en scène des verres et plexiglas qui, par le truchement de la lumière, délivrent des arrêtes, des nervures et griffures inédites, invisibles à l’œil nu.
Seule l’instantané photographique entre à ce point dans l’objet: progressivement la surface argentique se retire pour laisser place au dessin et à un canevas complexe de lignes et de dynamiques contradictoires. «Une interprétation abstraite de la surface et de la forme» précise Barbara Kasten.
Cette abstraction par la lumière s’inscrit dans la filiation de ses plus anciens travaux datés des années 70 et dans lesquels l’Américaine construisait déjà son discours autour de l’intrusion de la lumière dans le processus d’identification et de représentation de l’objet.

Les vestiges donc. Que ce soit chez Barbara Kasten ou chez Matthias Bitzer, les citations de l’histoire forment une part essentielle de la compréhension de l’œuvre. Pessoa ici ou d’autres auteurs ailleurs pour un Matthias Bitzer en quête permanente de l’humain. Un retour sur sa propre iconographie en ce qui concerne Barbara Kasten.

Mais en poussant l’observation, c’est dans le réservoir de l’abstraction que viennent se servir les deux artistes. Et étrangement, on les retrouve ensemble, pour une fois, aux confins d’une abstraction géométrique acquise à la représentation du réel. Lazlo Moholy-Nagy, Kurt Schwitters, Josef Albers, les années Bauhaus et pour prolonger, l’Op art, le jeu constant de l’équilibre de la lumière, des obliques et des signes.

Matthias Bitzer
— The Green Of Fields, 2010. Crayon sur papier. 50 x 40 cm
— Proposal, 2010. Encre et acrylique sur bois. 82 x 48 x 20 cm
— Follow Me Into Absurdity (Mindmap), 2010. Laque et craie sur bois, laque sur verre incruste. 300 x 200 cm
— The Duke of Monte Schizo, 2010. Bois, fils, couleurs. 180 x 90 x 85 cm
— I Needed So Much To Have Nothing To Touch And I Wanted So Dear To Have Nothing So Near (Ophelia Untouched), 2010. Crayon sur papier, laque sur verre, dyptique. 95 x 72 cm
— Walking Towards The 8th Ocean, 2010. Crayon sur papier. 98 x 75 cm
— The Briar (Strangling The Blossom Down), 2010. Metal, laque. 260 x 100 x 120 cm

Barbara Katsen

— Incidence 1, 2009. Tirage archival. 142,24 x 116,84 x 6,35 cm
— Incidence 2, 2010. Tirage archival. 142,24 x 116,84 x 6,35 cm
— Studio Construct 63, 2008. Tirage archival. 143,5 x 114,3 cm
— Studio Construct 8, 2007. Tirage archival. 143,5 x 114,3 cm
— Untitled _79-6, 1979. Impression sur tirage argentique, acrylique. 64,8 x 57,2 cm
— Untitled_79-8, 1979. Impression sur tirage argentique, acrylique. 64,8 x 57,2 cm
— Studio Construct 51, 2008. Tirage archival. 142,24 x 116,84 x 6,35 cm

AUTRES EVENEMENTS ART