ART | EXPO

Abraham Cruzvillegas

23 Oct - 20 Nov 2010
Vernissage le 21 Oct 2010

Abraham Cruzvillegas conçoit au sein de la galerie un dispositif sculptural dont les références formelles s’inspirent de la petite ceinture, la cité de la Muette à Drancy (un des premiers grands ensembles), la fameuse zone, le périphérique et les anciennes fortifications de Paris.

Abraham Cruzvillegas
Abraham Cruzvillegas

Ce projet se concentre sur un entre-deux, un espace liminal ou interstitiel. Il s’agit davantage de parler d’une différence et de la difficulté à la décrire. Il est le résultat d’une approche subjective de Paris par Abraham Cruzvillegas, un artiste mexicain, ayant vécu ici pendant trois ans et demi. Pour lui, cette expérience est «quelque chose qui est définitivement incomplet, quelque chose qui se construit en permanence: fragmentaire, contradictoire, étrange, instable, sombre, transparente, chaude, stupide, délirante, chaotique, difforme. C’est le mouvement et la vie, c’est l’amour, c’est le sexe, c’est moi.»

Après avoir vécu à Paris, l’artiste s’est beaucoup interrogé sur la ville, mais principalement sur lui-même, sur sa propre identité à Paris. Cela lui a pris du temps pour comprendre son — supposé — background personnel. Il n’avait pas la conscience ou la volonté de regarder. Il vivait juste à Paris, ses promenades étaient plutôt des
déambulations. Quand il a quitté Paris, l’artiste a conservé de nombreuses questions à propos de la ville, questions qui surgissent à nouveau, de manière vague, lorsqu’il s’y promène.

Lorsqu’il se souvient de ce qu’était son expérience à Paris, il formule de nouvelles questions sur la nourriture, la vie quotidienne, la ville et ses habitants, ses touristes, ses musées, ses monuments et tout ce qui est supposé être associé à Paris. Il se remémore surtout des éléments essentiels, selon lui, de l’identité parisienne. Ces points ne sont pas toujours mentionnés dans les guides, même les plus étoffés: la Tecktonik, la poésie Slam, la banlieue, la mode, les pieds-noirs, les manifestations ou les grèves d’étudiants et de travailleurs, les sans papiers, Daft Punk et Justice, les chômeurs ou encore les royalistes…

Dans une approche a priori brute et empirique, sa perspective n’est pas celle d’un ethnologue ou d’un initié. Ce n’est certainement pas une démarche touristique. Abraham Cruzvillegas cherche davantage des initiatives personnelles ou locales qui construisent néanmoins l’identité d’une personne.

Depuis quelques années, Cruzvillegas travaille sur une série de projets intitulée Autoconstrucción — auto-construction. Cet ensemble se constitue d’expositions, de livres, de musique, d’un film et d’une pièce de théâtre dans lesquels la question principale est d’appréhender l’identité comme une construction indéfinie, toute en
transformation et en instabilité. L’environnement et le voisinage d’Ajusco (Mexique), où l’artiste est né et a grandi, est constitué de maisons construites par les habitants, lentement, sur le long terme, sans budget, avec des matériaux recyclés. Chacun, dans un système d’entraide, travaille avec des matériaux à portée de main et susceptibles d’être utilisés. Des ajouts sont effectués quand les matériaux sont disponibles et quand la nécessité l’exige.

L’impulsion est le moteur et le leitmotiv de l’ensemble de sa pratique. À Paris, il tente de réunir des fragments, toujours en suspens, de sa propre identité à travers une approche du temps et de l’espace dans lesquels il a vécu et travaillé, en étant simultanément un immigrant et un protagoniste: Paris.

L’artiste conçoit au sein de la galerie un dispositif sculptural dont les références formelles s’inspirent de la petite ceinture, la cité de la Muette à Drancy (un des premiers grands ensembles), la fameuse zone, le périphérique et les anciennes fortifications de Paris. Cette structure hybride, composée de bois et autres
matériaux récupérés, n’est pas pour autant figurative. Elle englobe tout et tout le monde: structures, objets sculpturaux et le public.

Afin de développer et de diversifier son propos, Abraham Cruzvillegas a rencontré des personnes possédant des talents particuliers pour le tricot, le chant, l’acrobatie, le jardinage, la musique, le skate, la danse, le dessin, la coiffure pour discuter et échanger avec eux sur ces différents sujets… Ces entretiens, reflétant diverses opinions sur le Paris d’aujourd’hui, sont accompagnés d’images d’inspiration et rassemblés au sein d’un livret. Cet ouvrage, témoin du processus d’élaboration du projet, est mis à la disposition des visiteurs dans l’espace d’exposition. Des éléments organiques et une activité se développent sur et autour de la structure permettant d’observer cette expérience de l’auto-construction et d’un espace interstitiel: silencieusement, lentement mais aussi de manière crue et directe.