DANSE

Sucre

03 Déc - 04 Déc 2019

« An ice cream for a nice crime » est le sous-titre du nouveau spectacle Sucre du chorégraphe Abdoulaye Konaté, qui illustre les paradoxes de l'histoire coloniale et industrielle du sucre, entre blancheur et noirceur, entre douceur et amertume.

Danseur et chorégraphe d’origine ivoirienne, Abdoulaye Konaté a fondé sa compagnie ATeKa Cie dans l’espoir que la danse serve de pont entre les peuples. Après avoir présenté un solo, Humming Bird – Colibri (2016), puis un duo, Rien à aborder (2017), ATeKa revient avec la pièce chorégraphique Sucre interprétée par un trio d’artistes : le comédien Cédric Djedje, le musicien Thibault Cohade, et, comme danseur, Abdoulaye Konaté lui-même. Ils danseront ce 3 et 4 décembre au CDCN de Strasbourg.

Mise en scène de l’histoire coloniale et industrielle du sucre

Avant même que la danse n’entre en jeu, les costumes de Sucre intriguent. Ils en disent déjà long sur le propos de la pièce. En effet, trois hommes revêtent une chemise blanche aux manches bouffantes que l’imaginaire associe au XVIIe siècle. À cette époque, les premières plantations de sucre commencent à apparaître dans le Nouveau Monde et le commerce triangulaire, reposant sur la traite négrière, se met en place.

En contraste avec cet habit historique, les trois danseurs ont la tête couverte d’un bonnet orange vif, qui rappelle à la fois le casque de chantier de certains ouvriers et la tenue que portent les prisonniers aux Etats-Unis. Il s’agit ainsi d’une couleur dont les connotations allient travail physique et absence de liberté : un accessoire de prime abord curieux, mais somme toute subtil pour symboliser la condition d’esclave. La pièce oscille entre passé et présent pour relater l’histoire coloniale et industrielle du sucre – dont les effets se poursuivent jusqu’à nos jours.

Le sucre : un plaisir qui empoisonne

Le travail d’Abdoulaye Konaté se fonde sur une pièce de Jean-Pierre Hamon : Sucre, An Ice Cream for a Nice Crime. Au centre du spectacle comme au centre de la scène, le sucre devient physiquement le point de départ du jeu et de la danse, inspirés de rites spiritualistes africains. Plus qu’un simple élément de décor, il s’agit pour les interprètes d’explorer les ambivalences du sucre tout au long de la pièce.

Son aspect doux, léger et savoureux se teinte bientôt d’une amertume, celle de l’esclavage des femmes et des hommes noirs. Le sucre apparaît ainsi comme le symbole de la dissimulation : l’adoucissant qui masque le goût désagréable d’un café, la richesse qui fait oublier l’exploitation qui la produit, le délice qui cache les problèmes de santé qu’il engendre. In fine, ce plaisir qui empoisonne devient une métaphore de la nature humaine, capable du pire comme du meilleur.