ART | EXPO

A Step Away From Them

13 Mar - 10 Mai 2014
Vernissage le 12 Mar 2014

Des portraits de célébrités travaillés selon un modus operandi bien spécifique. Où des matériaux tels que la peinture à l’huile, l’encre, le lin ou le mylar sont employés pour produire des «négatifs», qui une fois exposés, permettent d’obtenir des tirages chromogéniques. L’artiste montre aussi un film d’animation intitulé Reverdy/King Hu.

Matt Saunders
A Step Away From Them

«A Step Away From Them» est la première exposition d’œuvres en couleurs de Matt Saunders. A la frontière poreuse entre peinture et photographie, son travail consiste pour lui «à passer d’une forme à une autre — comme une sorte de translation».

Peintures par essence, ses tirages photographiques sont réalisés sans appareil photo. Des matériaux tels que la peinture à l’huile, l’encre, le lin ou le mylar sont employés pour produire des «négatifs», qui une fois exposés, permettent d’obtenir des tirages chromogéniques.

En imaginant ce à quoi aurait pu ressembler la forme inversée d’une image, Matt Saunders commence par peindre le négatif de l’œuvre, qu’il dépose ensuite sur du papier photosensible, au travers duquel la lumière passe pour que le tirage se révèle. Ce procédé singulier et les matériaux utilisés sont indissociables de l’œuvre finale. Si les matériaux ne varient presque pas, le modus operandi est unique pour chaque tirage.

Si Matt Saunders est particulièrement attiré par les destins atypiques d’acteurs ou actrices, dont les carrières ont connu des aléas, son intérêt se porte avant tout vers les images d’archives provenant de films. C’est un moyen pour lui de questionner l’existence des images dans l’histoire, sur la manière dont elles peuvent être diffusées et appréhendées différemment à des époques distinctes.

Plusieurs portraits dans l’exposition dépeignent l’actrice américaine Rose Hobart et ont été inspirés par le film éponyme de l’artiste surréaliste Joseph Cornell. Son film «collage» de 1936 est construit à partir de toutes les scènes recolorisées du film de série B East of Borneo dans lesquelles l’actrice apparaissait.

Pour réaliser cette série, Matt Saunders est revenu à la source de l’œuvre de Cornell, en la recolorisant à son tour, lui rendant une forme d’hommage tout en proposant une relecture.

Avec ces portraits de célébrités tombées dans l’oubli aujourd’hui, Matt Saunders tente de donner une nouvelle signification à leur iconographie traditionnelle et le visiteur est partagé entre un sentiment de distance et de proximité. L’artiste essaye non seulement de revisiter l’aura de ces figures du grand écran, mais chacun de leurs portraits apparaît aussi comme une «unique apparition d’un lointain, quelle que soit sa proximité» selon la formule de Walter Benjamin.

Dans un entretien récent, Matt Saunders remarquait: «Il existe de vraies archives sur leurs vies et leurs époques mais les photographies existent dans le présent. J’espère qu’elles paraîtront instables, spéculatives et immédiates.»

L’artiste montrera aussi sous forme d’installation multi-écrans, un nouveau film d’animation intitulé Reverdy/King Hu. Figuratif et abstrait à la fois, le film mêle deux types d’«espaces»: l’espace surréaliste et poétique de Pierre Reverdy et l’espace étrange né de la vision de King Hu, réalisateur chinois de films d’arts martiaux au montage «acrobatique» et rapide dans lesquels les acteurs s’affranchissent des lois de la gravité.

Dans ce nouveau film, à l’instar de ses tirages photographiques, Matt Saunders prend soin d’effectuer un déplacement des matériaux puisqu’il a d’abord réalisé des peintures et dessins à l’encre colorée sur mylar qu’il a ensuite scannés et convertis en format numérique.

Le film Reverdy/King Hu, proposant une expérience visuelle au spectateur, est une sorte de rencontre entre physique et numérique, des pensées mouvantes sur le médium et la matérialité de la peinture transposées en images en mouvement.

La référence poétique fait écho au titre de l’exposition «A Step Away From Them», donné en référence à un poème, souvent qualifié de cinématique, de Frank O’Hara.

Vernissage
Mercredi 12 mars à 18h