PHOTO | EXPO

A fond perdu

22 Mar - 18 Mai 2014
Vernissage le 21 Mar 2014

Paul Pouvreau s’empare de matériaux banals tels que des ustensiles ménagers, emballages, journaux, cartons, sacs en plastique pour concevoir des mises en scène photographiques. Dans ses compositions, il agence leurs formes et leurs logos, comme autant de signes visuels dialoguant avec notre espace quotidien.

Paul Pouvreau
A fond perdu

L’artothèque de Vitré invite le photographe Paul Pouvreau à présenter son exposition monographique «A fond perdu» qui intègre également sa commande publique Archi comble visible sur des panneaux publicitaires de la ville.

Depuis le début des années 1980, Paul Pouvreau explore des matériaux banals du quotidien tels que des ustensiles ménagers, emballages, journaux, cartons, sacs en plastique pour concevoir des œuvres «à la manière d’un ready-made aidé». La photographie, médium principal de son travail, tente selon lui «de porter une attention à ces petits riens dans lesquels se loge souvent presque tout». Il s’intéresse aux formes variées des emballages et à leurs logos, comme autant de signes visuels dialoguant avec notre espace quotidien. Ce recyclage visuel s’agence principalement par rapport à l’espace photographique où insidieusement, «les signes deviennent des choses tandis que les choses deviennent des signes».

Ses photographies s’apparentent ainsi à des constructions visuelles dont les formes et le sens s’appréhendent de façon plurielle et instable, comme autant de couches sensibles à la surface des choses. Plus que des surfaces lisses et vérifiables, les photographies proposent au regard une extériorité à parcourir. Revisitant les lieux communs ou ceux des genres, les photographies se laissent traverser par une perspective qui ne s’organise plus seulement au moyen du seul point de fuite mais par l’ensemble du territoire des images. Entre description et fiction, son travail s’accompagne également de vidéos ou de dessins ou se présente parfois sous la forme d’installations.

Son projet intitulé Archi comble installe un dialogue visuel entre l’architecture de la cité, et une série de photographies représentant des prototypes de constructions réalisées avec les emballages usagés du quotidien. Pour que ce dialogue prenne une forme concrète au sein de la cité, ces photographies, certaines en noir et blanc et d’autres en couleur, sont diffusées sur des panneaux et des sucettes publicitaires. L’usage des supports publicitaires est motivé ici par un principe d’ironie, qui s’appréhende visuellement comme un effet de retournement. Pour Paul Pouvreau, il s’agit de pointer à la fois les relations de productions, d’économies et de communications à l’œuvre dans l’espace urbain. Mais aussi de révéler la place importante que la ville accorde désormais à l’image comme partie prenante de son architecture.

«Depuis quelques années, plusieurs composantes de mon travail entretiennent des relations assez étroites avec le volume et l’architecture. Cet intérêt s’exprime à la fois par la réalisation de photographies conçues comme une scène construite ou architecturée, dans lesquelles se confrontent les données du réel avec des objets rapportés, généralement des emballages. Cette mise en place de signes divers s’active ainsi dans les photographies de relations plurielles créant des zones d’interférences et ambivalentes entre le naturel et le fabriqué, le réel et la fiction, le sujet et l’objet.

D’autre part la présentation du travail s’accompagne souvent par l’installation d’architectures sommaires, réalisées avec des cartons servant ainsi de support à la présentation des photographies ou encore seules, comme contre point à la neutralité abstraite du «white cube». Ces expérimentations se nourrissent évidemment de notations et d’observations prises directement sur le territoire de la ville avec une attention toute particulière quant aux formes et supports divers et variés que l’image s’accorde à prendre dans l’espace urbain. Il s’agit ainsi d’interroger et de rendre sensible les particularités que cette présence engendre dans notre rapport à la ville et son architecture mais aussi d’appréhender les modalités d’usage que nous engageons plus ou moins consciemment avec ces images.»