PHOTO

50 ans d’aventure

PJulia Peker
@12 Jan 2008

Depuis 50 ans, François Calvat cherche dans le rebut la trace d’une histoire vive et les stigmates de la destruction, privilégiant progressivement les formes nouvelles qui émergent de toiles froissées abandonnées.

Cabossés, déformés, inutiles, les rebuts sont habituellement soustraits à nos regards. Un espoir pieux d’élimination force l’oubli et la déconsidération.
Incompressible, le rebut résiste pourtant à toutes nos stratégies d’évacuation, imposant sa présence encombrante. François Calvat trouve là ses matériaux et son inspiration: il puise dans des bois brûlés et des lambeaux de pneus, sculpte des tôles et assemble des fagots.

Depuis plus de cinquante ans, il est attentif à la vie de ces déchets inépuisables, aux formes qui émergent des objets mis au rebut. Insérant des morceaux de caoutchouc déchiquetés dans des panneaux de bois noir, il réalise de grandes compositions abstraites, aux couleurs sombres de l’usure. Éclats de rouille et traces de feu pigmentent cette peinture revisitée, qui fait de la destruction sa matière première.

L’exposition organisée par Pascal Vanhoecke est l’occasion de revenir sur la carrière de cet artiste atypique.
Deux grandes installations témoignent des évolutions qui structurent ce travail: privilégiant de grandes tôles thermo laquées, il se concentre depuis quelques années sur la puissance d’évocation formelle de ce métal froissé.

Une série de voitures à pédales pour enfants, vestiges d’un siècle passé, font leur dernier tour de manège. Recouvertes de peinture rose bonbon, elles sont disposées en cercle sur une plaque ronde surélevée: le mouvement lent et régulier de ce manège désuet charrie dans sa ronde des souvenirs de jeux, la mémoire d’un monde vu à travers le prisme de l’enfance, trempé dans la couleur des rêves.
La forme froissée des tôles abîmées contraste pourtant avec ce filtre trop rose, brisant le mythe de l’innocence, pour faire sourdre la violence d’une destruction ravivée.

Cette exposition fête les 80 ans de François Calvat. Une rétrospective dans l’espace de Cachan et une grande installation dans le Parc national de Saint-Cloud complètent ce tableau d’anniversaire, où nos rêves brisés et nos objets abandonnés retrouvent l’éclat d’une seconde vie.

François Calvat
Rebuts de jeux d’enfants, 2007. Landau. Dimensions variables.
Rebuts de jeux d’enfants, 2007. Manège et voitures d’enfants. Dimensions variables.
Sans titre, 2002. Fer chromé. 47 cm diamètre.
Rebut nickelé, 2003. Tôle froissée. 67 x 110 cm.
Sans titre, 2006. Installation rebuts thermo-laqués noir, dim. variables.
Sans titre, 2003. Tôle émaillée blanche, 123 x 87 cm.