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3 mn Scénario: guerre+Inv. Aj 001/100

28 Sep - 03 Nov 2012
Vernissage le 28 Sep 2012

Dans le cadre d’une réflexion sur les questions de simulation de la réalité, Alain Josseau débusque et montre l’embrouillamini du réel et de la fiction à travers une pratique qui aborde aussi bien la peinture, le dessin que l’informatique ou la vidéo.

Alain Josseau
3 mn Scénario: guerre+Inv. Aj 001/100

A partir d’images médiatiques, de documents photographiques et filmiques historiques l’artiste entame un travail sur leur réalité, leur mode de fabrication et de diffusion.
L’édition 2012 du Printemps de Septembre à Toulouse, placée sous la direction artistique de Paul Ardenne, a cette année pour thème «L’histoire est à moi». C’est dans ce contexte propice que la galerie Sollertis est heureuse de vous faire redécouvrir le travail d’Alain Josseau, véritable manipulateur d’images historiques, à travers l’exposition «3 mn Scénario: guerre + Inv. Aj 001/100».

L’artiste présente également à l’occasion de ce festival de création contemporaine une série d’œuvres regroupées sous le titre «Galerie des peintures d’histoire» du 28 septembre au 21 octobre aux Abattoirs.

Une Analyse, Alain Josseau par Françoise Fauché-Gros
« Les technologies de l’image en modifiant son statut, permettent de ne plus la penser comme simple simulation. La simulation change de sens: elle ne se réduit plus à une supercherie visuelle. Elle se substitue au réel. Alors que l’image était toujours postérieure au réel qu’elle figurait, voilà qu’elle le précède. Désormais, l’image voit son statut modifié, affirmé, positivé. L’image permet désormais de comprendre. Elle est une appropriation didactique du réel (…).
C’est tout le sens du travail d’Alain Josseau. Sa connaissance des nouvelles technologies de la création, doublée d’un travail permanent sur le rapport entre cinéma et esthétique à l’ère des effets numériques, se constitue en œuvre fractale. Les lieux de l’image traduisent ses multiples valeurs: il y a une esthétique, la guerre, thème de prédilection de l’artiste, comme il y a une mise en scène du conflit filmé. (…)

Dans la seconde pièce de la galerie Sollertis, 16 caméras filment dix maquettes figurant un lieu de guerre. Le théâtre des opérations est passé au crible de la caméra qui filme la maquette, film lui même retransmis via un téléviseur pour être vidéo projeté. Les maquettes proviennent d’images Google. Ce sont de véritables photos issues d’internet, mais ici elles sont reconstruites. La simulation est une construction par l’œil de la caméra, comme par l’écran du téléviseur. L’image est sanctifiée par une dégradation volontaire. Alain Josseau salit les images. Pourquoi? Parce que dit-il: «Plus c’est sale, plus c’est vrai». Toute image est en substance, image de guerre, comme si la guerre et ses images étaient les substrats d’une dégradation. (…)

A partir de la liste des œuvres confisquées aux Juifs et Francs-maçons par les nazis pendant la seconde guerre mondiale, Alain Josseau réalise, pour l’œuvre Inv. Aj 001/100, L’Art de la guerre, Volet 5: L’art, 100 copies, en conservant à l’Agneau Mystique de Jan Van Eyck, sa place centrale. L’archétype est ici géopolitique, historique et esthétique. (…) L’œuvre d’Alain Josseau nous restitue un trésor de guerre. Les 99 tableaux ordonnés à l’Agneau Mystique de Van Eyck nous offre une allégorie de la guerre comme tribunal de l’Histoire. (…) La guerre c’est ici ce sanctuaire d’images, ce musée virtuel qui s’incarne dans la simulation de 100 tableaux, parabole non simulée d’une idéologie guerrière, celle d’Hitler et de son rapport captatif aux beaux-arts.
Un principe de décision ensuite. La guerre est l’instance fondatrice du droit. Elle en constitue la source. L’autorité du vainqueur se déploie dans sa force, indice de sa supériorité. La guerre est ce qui permet de révéler cette supériorité. Ces 100 tableaux sont tous les archétypes de cette révélation. «On fait la guerre pour obtenir des dieux une décision de valeur sacrée, par l’épreuve de la victoire ou de la défaite» (Saint Augustin, La Cité de Dieu, XV,4). Le principe de décision de Hitler se veut éloquent. Il est l’indice d’une volonté hégémonique, tout autant géopolitique qu’esthétique. Il s’agit du sanctuaire des chefs d’œuvres. Et non d’un musée personnel anecdotique.
Principe de partage enfin. Le propre de la guerre consiste à départager un vainqueur et un vaincu en toute clarté, en toute lisibilité, de la manière la plus spectaculaire possible. La guerre comme tribunal juge, départage, divise, sépare.
Par cette œuvre, Alain Josseau introduit de l’irréversible dans notre rapport à l’Histoire. Cette œuvre est une sentence, non pas des compulsions d’Hitler, mais de ce qui se joue dans la captation des images, c’est-à-dire dans le vol de tableaux et dans la déliquescence aperceptive qui en résulte.

(…) L’image n’est plus un schème de la subjectivité. Elle est désormais un antischème qui brise toute volonté d’unification comme de synthèse du réel. Il n’y a plus de problématique de l’image, car désormais l’image est résolue. Le virtuel est consacré. Il s’incarne dans l’œuvre. »

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