ART | EXPO

1000 Plateaux de Caux

20 Mai - 26 Juin 2015
Vernissage le 27 Mai 2015

S’appuyant sur la pensée et concepts des philosophes Gilles Deleuze et Félix Guattari, les artistes réunis dans «1000 Plateaux de Caux» explorent les modalités du paysage aujourd’hui: pli, repli, poésie, réseau, déplacement. Une exposition en forme de carte, à la fois panorama et positionnement, situation et perspective.

Mark Brown, Pascal Cribier & Florence Levasseur, Frédéric de Lachèze, Delphine de Luppé, Alice Schÿler-Mallet, Fanny Besse & Julia Taquet-Melle
1000 Plateaux de Caux

«Jamais un plateau n’est séparable des vaches qui le peuplent, et qui sont aussi les nuages du ciel.»
(Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux, 1980)

L’ouvrage Mille Plateaux, Capitalisme et schizophrénie 2 de Gilles Deleuze et Félix Guattari ouvre à une pensée du multiple, du fragment et de la transformation. Il porte en filigrane l’idée que chaque individu est multiple, traversé par des subjectivités sociales et en constant mouvement.

Cette même logique du multiple et de l’évolution a présidé au regard subjectif posé par les artistes de l’exposition «1000 Plateaux de Caux» sur ce territoire. Du littoral normand qui depuis toujours fascine les artistes, à la géographie des terres dessinée par l’écoulement des eaux, de la culture du lin, à l’évolution du territoire évoquée à travers une cosmogonie de galets, se dessine le Plateau de Caux, étendue, côte sauvage et sensuelle qui combine l’espace physique et son appréhension temporelle. Un résumé flottant du monde, où les sentiments d’immensité et de finitude se combinent. Des strates entre ciel et terre, entre histoire et mémoire.

L’exposition explore les modalités du paysage aujourd’hui: pli, repli, poésie, réseau, déplacement. Une exposition en forme de carte, à la fois panorama et positionnement, situation et perspective. Les identités plurielles d’un territoire par les racines multiples de ses locataires.

À travers son projet intitulé L’Aube des Fleurs, Mark Brown ambitionne de réactiver des paysages disparus depuis longtemps et souhaite recomposer un jardin primitif, qui nous fasse remonter à l’ère des dinosaures. Les esquisses préparatoires et prospectives du développement de ce jardin, ici exposées, fascinent à la fois par leur extrême densité et leur légèreté qui s’apparenterait à une dentelle. Mêlant dessins et collages, elles donnent à voir à quoi pouvaient ressembler les premiers paysages.

Les matériaux qui composent l’accrochage (…) sur la terre (…) comme au ciel, ont en commun leur provenance. Entre cartographie et collection de géologie, les œuvres d’Alice Schÿler-Mallet nous emmènent dans un voyage. On retrouve ici des morceaux de falaises, craie, strates géologiques, roches sédimentaires, carbonate de calcium, nodules de silice, cristallisation, minéraux, squelettes fossilisés, etc. L’os de seiche broyé, l’utilisation du silex pour les pistolets à poudre, sont autant d’images liées aux matériaux qui composent le paysage. (…) comme au ciel, nous entraîne dans la rêverie. Contemplation d’un ciel mouvant? De son reflet dans l’eau? On assiste à la formation des nuages. Sur la terre comme au ciel ou le miroir de l’infiniment petit et de l’infiniment grand et leur dialogue.

L’installation 1000 Petites Cosmogonies Portatives de Frédéric de Lachèze reprend le titre d’un poème de Raymond Queneau, publié en 1950. L’auteur y décrit l’épopée de l’univers à l’aune des connaissances scientifiques de son époque: les théories de l’atome primitif et de la relativité quantique. L’identité du littoral cauchois tient toute entière dans un galet, mappemonde de craie et de silex érodée par la mer, atome unique et temps recollé. Au sens propre, le galet modélise l’histoire et la géographie du plateau. Il témoigne du passage incessant entre liquide et solide, entre terre ferme et abysses insondables. Placer des galets au bout de la longue-vue pour en faire des planètes, puis les ranger sur un fond de carte comme un astronome attentif. Tension entre le mystère lointain des constellations et l’application quotidienne de l’inventaire. À l’image d’une marée toujours recommencée, d’une falaise toujours fracassée.

La pièce paluelaillypenly montre le continuel travail de sape accompli par l’eau douce sur les falaises du Pays de Caux. Une carte et trois vidéos témoignent des écoulements et ruissellements perpétuels qui fragilisent la matière, au moins autant que l’assaut des vagues et des vents chargés de sel. Pourtant, ce paysage de grève atomisée qui semble devoir sa beauté à un pur état de nature est en réalité bien un paysage de culture, fruit d’une longue exploitation des blocs de grès tombés de la falaise crayeuse…

Delphine de Luppé propose ici deux accrochages Côtes de la Manche et Agrégats (qui réactive Mémorial Lin Visible, installation produite pour le «Festival du Lin» 2010). Deux cartographies du Pays de Caux: la mer, seuil liquide dont les clôtures mouvantes per mettent mille représentations; la terre à travers la culture millénaire du lin, dont la mémoire façonne toujours les étendues normandes. L’artiste tente de réduire ces observations à des signes et des graphies, formes élémentaires, formes simples, comme les pictogrammes d’une carte d’identité. Des plus, des croix pour remplir des cases, des verticales, des empreintes, tous les visages qui constituent un territoire.

La Danse Tout Terrain est une pratique en extérieur d’improvisation dansée impulsée par le lieu. La chorégraphe Julia Taquet-Mellé la développe depuis dix ans, en collaboration artistique avec l’architecte, Fanny Besse, qui réalise des textes, vidéos et photos de leurs différentes danses. Cette pratique permet à l’humain, et surtout à l’être urbain (forts enjeux face à l’urbanisation croissante) de ne pas inhiber ses perceptions sensorielles. Elle peut aider les professionnels de l’espace tels que les architectes à prendre en compte toutes les dimensions sensorielles et pas seulement la vue.

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