DANSE | SPECTACLE

Acta est fabula

09 Jan - 12 Jan 2018

Pièce pour cinq danseurs, Acta est fabula, du chorégraphe israélien Yuval Pick, s'articule entre polyphonie et unisson. Sur une composition musicale puisant dans la musique pop, les danseurs s'emparent de la notion d'hymne. Voix, chants, gestes... Le spectacle interroge la formation du corps collectif.

Avec Acta est fabula, Yuval Pick livre une pièce pour cinq danseurs. Un spectacle en forme d’exploration dansée de deux dynamiques chères au chorégraphe israélien : les notions de polyphonies et d’unisson. Avec un questionnement chorégraphique qui s’articule ici autour de la construction des hymnes. Ces leitmotivs musicaux, chantés et actés, qui donnent corps et unité à des abstractions collectives : une nation, une équipe, une génération… La constitution du collectif et de l’appartenance à un groupe, à partir d’une somme d’individualités, passe ainsi par des médiateurs. Avec Acta est fabula, Yuval Pick et ses cinq danseurs composent une création qui décortique la danse de groupe. Entre synchronisation et apports individuels. Le travail musical, réalisé avec Olivier Renouf et Max Bruckert, puise dans la pop contemporaine. Et qui n’est pas familier de ces tubes faisant l’objet de vastes chorégraphies collectives ? Un remix musical et gestuel, pour composer une unité.

Acta est fabula de Yuval Pick : une danse entre deux états, unisson et polyphonie

Locution latine, Acta est fabula [la pièce est jouée] marque la fin de quelque chose. La pièce est jouée ; la messe est dite. Proposé au tout dernier moment par Yuval Pick, le titre marque un changement d’état. comme si le processus chorégraphique collectif passait d’abord par un bouillonnement. Puis, à l’instar du jeu enfantin, ‘un, deux, trois, soleil !’, par un moment de cristallisation, celui du spectacle. Acta est fabula joue ainsi sur cette dynamique : le groupe se désynchronise, se resynchronise, forme des figures, une unité, pour mieux se re-déformer, se re-déployer. Tandis que la mémoire collective apporte le ciment de ces cristallisations. Comme un liant magnétique. Les sons, les voix, la matière sonore, éveillent ainsi des gestes, des réponses chorégraphiques. Les danseurs convergent, s’éloignent, s’unissent ou se redistribuent dans l’espace. Et les spectateurs voient tour à tour un ensemble organique et/ou la somme de personnalités.

Hymnes et mémoire des corps : la mise au jour de gestes fédérateurs

Yuval Pick, en tant que directeur du Centre Chorégraphique National de Rillieux-la-Pape, en tant que directeur de compagnie (The Guests), aborde la question du collectif par l’angle de l’organisation. La mémoire des corps individuels et la construction d’une mémoire collective offrent une matière à danser. Les effets de culture y entrent en ligne de compte. Telle la proxémie : cette distance minimale entre les individus, qui varie d’une culture à l’autre. Hymnes musicaux, hymnes chorégraphiques : il est des chants, des musiques, des voix, des gestes, qui font l’appartenance, la familiarité. Et Acta est fabula scrute ce phénomène dans la danse. Les cinq danseurs et le chorégraphe débusquent les symboles gestuels qui, plus ou moins consciemment, structurent le groupe en unité. À la recherche de ces mouvements qui font vibrer la fibre de l’identité commune. Entre unisson et polyphonie : une mise au jour chorégraphique des éléments possiblement fédérateurs.