DANSE | SPECTACLE

ZOA | Slow torments, exposition de corps tourmentés

12 Oct - 12 Oct 2018

Avec Slow torments, exposition de corps tourmentés, Vincent Lacoste opère une réflexion chorégraphique sur le supplice. Torture sans objet, à connotation plus existentielle qu'idéologique, du tourment Vincent Lacoste tire sept tableaux, sur les états-limites de la matière.

Pièce chorégraphique hors norme, Slow torments, exposition de corps tourmentés (2016-2018), de Vincent Lacoste, invite les publics à une déambulation. Sorte d’arrêts sur image, sur des boucles aussi étranges qu’imprévisibles, chaque tableau renvoie à une forme d’impossibilité. Au fil de sept moments chorégraphiques, Slow torments [Lents tourments] propose des installations, vivantes ou non, de corps de danseurs ou d’objets. Comme autant d’états-limites de la matière. Y compris vivante. D’une durée libre (établie à deux heures pour la soirée d’ouverture du festival ZOA 2018 – Zone d’Occupation Artistique), Slow torments étire le temps. Au fil de sept performances et installations distinctes. À savoir Candles/Avachissements, interprétée par Mathias Dou, Paola Cordova, Aurélie Varrin. La performance Ulysse, par Marc Marchand. Et L’Homme au Coin, par Stéphane Couturas. En collaboration avec Sophie Larger pour les installations ; avec des œuvres d’Yves Bodiou et Céline Caudaureille. Le tout s’articulant en sept espaces de type muséal, à travers lesquels circuler.

Slow torments, exposition de corps tourmentés : déambulation chorégraphique

Positions extrêmes et intenables, Slow torments explore les limites. Y compris celles des publics, en quelque sorte poussés à circuler pour mettre un terme à la lenteur des tourments exposés. Faisant écho aux Jardins des Supplices (1899) d’Octave Mirbeau, Vincent Lacoste (Le Relais/Group Expir) livre une réflexion sur ce qu’il est possible d’endurer. Dans le livre d’Octave Mirbeau, le narrateur visite un jardin où sont exposés des suppliciés. Avec une gradation dans l’insupportable, dans la déformation des corps, interrogeant les limites. De la plasticité, de la métamorphose, de la survie. Dans ce même esprit, Slow torments sonde l’espace qui précède (ou repousse ?) la rupture. Pour la performance Candles/Avachissements, les trois danseurs sont plongés dans un univers sonore strident, industriel. Contrant la chute, ils tentent de garder un équilibre sur des chaises glissantes, trop étroites. Dans Ulysse, le performeur essaie de se hisser hors d’une enceinte aussi étroite qu’inextricable.

Slow torments de Vincent Lacoste : les états-limites, en sept tableaux

Ulysse sans Pénélope ni retour, le public observe ainsi, de haut, le performeur aux prises avec ses tentatives de fuite. S’il ne fait rien, il se noie ; s’il tente de se hisser, sa peau est scarifiée par les arêtes qui l’enserrent. Collier doublement étrangleur. Pour L’Homme au coin, le danseur est seul dans un coin, réduit à l’état d’animal encagé. Du réflexe flight or fight [fuir ou se battre] ne reste alors que l’impossibilité des deux. Avec une survie en forme de nervosité sans fond ni finalité. L’installation Nouvelles configurations déploie quant à elle des sculptures en silicones sur caissons lumineux. Tandis que Ventre Mou et Territoires bouleversés mobilisent grès et émail, bâches et liquides pigmentées. Enfin, septième station : Un espace de lecture. Une bibliothèque composée d’ouvrages réunis par Chaira Palermo, docteure en philosophie et histoire des arts. Expérience intense, à Slow torments fera suite un pot en compagnie des artistes. Retour en douceur.