DANSE | SPECTACLE

DansFabrik | Les Serrenhos du Caldeirão, exercices en anthropologie fictionnelle

16 Mar - 16 Mar 2018

Si la partie littorale de l'Algarve (Portugal) est riche, quelques kilomètres au nord, la Serra do Caldeirão connait une phénomène de désertification inquiétant. Avec son solo chorégraphique Les Serrenhos du Caldeirão, exercices en anthropologie fictionnelle, Vera Mantero en danse un portrait sensible.

Pièce chorégraphique et vidéographique, Les Serrenhos du Caldeirão, exercices en anthropologie fictionnelle prend les traits d’un solo. Sur scène, la chorégraphe et interprète Vera Mantero déroule sons, images, voix, évocations. Sa pièce Les Serrenhos du Caldeirão [Os Serrenhos do Caldeirão, exercícios em antropologia ficcional], s’empare de la culture des populations rurales de la Serra do Caldeirão dans l’Algarve (les « Serrenhos »). Zone en phase de désertification, Vera Mantero s’en est approchée par le biais d’images vidéos tournées sur place. Mais aussi à travers les mots et documents filmiques de l’ethnologue français Michel Giacometti, qui travaille sur les musiques populaires portugaises. Les gestes, les voix, mais aussi le triangle pour marquer le silence assez présent dans la Serra… Vera Mantero retranscrit certains des chants rapportés par Michel Giacometti. Une façon de faire vivre des mémoires qui s’effacent.

Les Serrenhos du Caldeirão, exercices en anthropologie fictionnelle, de Vera Mantero

Travail de commande (du festival Rencontres du DeVir), Vera Mantero crée sur scène un moment d’anthropologie élargie. Dans le lointain des paysages et des voix, il y a les habitants du Caldeirão, mais aussi les voix d’Antonin Artaud, de Jacques Prévert… Entre furie lumineuse, poésie sonore, et réflexion sur les ruines. S’invitent également l’Anthropologue Eduardo Viveiros de Castro, et son travail sur les Indiens d’Amérique du Sud. Avec Les Serrenhos du Caldeirão, Vera Mantero interroge ainsi la perte, et les retrouvailles. Sur scène, elle parle « des peuples possédant une connaissance que nous avons perdue ». Un « eux » et un « nous » qui s’estompent au fil de la chorégraphie. Fil ténu, le corps réinvente progressivement un rapport à l’autre culture. Crée des points d’entrée, de sortie, des passerelles. Par la voix, les mots, le chant, les images, les mouvements.

Une performance chorégraphique en forme de solo, pour une anthropologie élargie

Élément énigmatique, le tronc de liège devient compagnon de danse. Pour rappel, le Portugal est le première producteur et exportateur de liège au monde. La région montagneuse et rocailleuse de la Serra do Caldeirão marque la frontière avec la partie touristique et littorale de l’Algarve. Au fil de l’occupation humaine, la végétation de la région (surtout du chêne-liège) a connu des transformations. Les tentatives de transformation des forêts de la Serra do Caldeirão en zone de pâturage pour le bétail ont eu comme conséquence l’amplification d’un inquiétant phénomène de désertification. Créant de la médiation et de la transmission, Vera Mantero détrame ainsi le « eux », et le « nous ». Elle redonne du sens, et donc de la vie. Son spectacle Les Serrenhos du Caldeirão, s’achève sur une danse avec ce précieux tronc de liège. Pour une performance qui, de solo, devient, chemin faisant, une pluralité chorégraphique.