DANSE | SPECTACLE

Sweet Bitter / Pulse Constellations

29 Mar - 30 Mar 2018

Sweet bitter de Thomas Hauert et Pulse Constellations de Gabriel Schenker : deux soli de danse contemporaine réunis au sein d'une même soirée. Pour deux créations ayant en partage une forme d'abstraction, une exploration du désir, comme sentiment ou comme moteur.

Qu’y a-t-il de commun entre les soli Sweet Bitter de Thomas Hauert et Pulse Constellations de Gabriel Schenker ? Déjà, les deux chorégraphes, Thomas Hauert et Gabriel Schenker, vivent à Bruxelles (Belgique). Tous deux sont engagés dans le Bachelier en Danse Contemporaine de la Manufacture de Lausanne (Suisse). Un programme pédagogique dont Thomas Hauert est responsable et dans lequel Gabriel Schenker enseigne. Ensuite, Gabriel Schenker et Thomas Hauert fonctionnent par réseaux. Avec un rhizome artistique incluant également le chorégraphe Salva Sanchis, la compagnie Rosas (Anne Teresa De Keersmaeker) et Busy Rocks. Une constellation concrète s’articulant autour du P.A.R.T.S (Performing Arts Research and Training Studios) d’Anne Teresa De Keersmaeker, à Bruxelles. Pour une association prenant également les traits de tournées communes. Enfin, les soli Sweet Bitter et Pulse Constellations ont un rapport marqué à la musique, à la variation, aux différences et répétitions, ainsi qu’aux combinatoires de mouvements.

Sweet Bitter de Thomas Hauert : variations autour de madrigaux baroques

Avec Sweet Bitter [dont la graphie est (sweet)(bitter)], le chorégraphe Thomas Hauert (Cie Zoo) déploie une variation autour de différentes interprétations d’un madrigal baroque. À savoir Si dolce è’l tormento [Si doux est le tourment, 1624] de Claudio Monteverdi. Pièce vocale a capella, musique profane souvent polyphonique, le madrigal explore et dépeint la palette des sentiments. « Si flamme d’amour Jamais n’éprouva Ce cœur insensible Qui a ravi mon cœur, Si la cruelle beauté Dont mon âme s’est éprise Me nie sa pitié, Il faudra bien qu’un jour Souffrante, repentie et languide Elle me pleure. » Livrant un solo en forme d’exploration des mouvements du corps, Thomas Hauert déroule dans l’espace scénique une pièce où la mécanique physique, fonctionnelle, se teinte de sentiments. Une étrange lutte entre l’abstraction opérationnelle, sans faille, d’un corps adulte masculin et la mise au jour d’une faiblesse, d’une impuissance : la blessure amoureuse.

Pulse Constellations de Gabriel Schenker : sérialité, répétitions et différences

Pour Pulse Constellations, Gabriel Schenker déploie un solo intimement intriqué à la musique sérielle de John McGuire, Pulse Music III (1978). Artiste pluridisciplinaire, Gabriel Schenker a étayé sa pratique chorégraphique d’une étude philosophique, axée sur la pensée plurielle de Gilles Deleuze et Félix Guattari. Mécanique du mouvement, combinatoires et débordements chaotiques des machines désirantes… La pièce Pulse Constellations distille une beauté poétique. Là où le logicien Bertrand Russell voyait dans les mathématiques le lieu d’une sublime beauté, parfaite, tout autant capable d’exalter et de transcender que la poésie, Gabriel Schenker livre une poésie de l’imprévisible. Pour des mouvements imparfaits, au sens de la symétrie, et parfaits, au sens de l’accomplissement de l’action. Le solo Pulse Constellations déploie ainsi une crépitement de gestes, pour une mécanique humaine qui rechigne à se répéter. Qui ne cesse d’inventer de nouvelles modulations, uniques.

(bitter)(sweet) et Pulse Constellations : dynamique des machines désirantes

La jonction entre Sweet Bitter de Thomas Hauert et Pulse Constellations de Gabriel Schenker se situe ainsi, peut-être, dans l’exploration du désir. Avec le mouvement comme émanant de machines désirantes. Entre mécanique corporelle et émotions, mise en mouvement, les deux soli cultivent le désir, comme moteur de l’action. Thomas Hauert, avec (sweet)(bitter), développe l’équation de la Sehnsucht — ce mélange entre douloureuse nostalgie et désir ardent. Tandis que Gabriel Schenker, avec Pulse Constellations, explore le mouvement comme occurrence unique, entre épuisement et inépuisabilité. À l’instar du désir, cette dynamique contradictoire qui n’existe que pour sa propre suppression. Deux soli sensibles et énergiques, à retrouver au Centre Wallonie-Bruxelles.