DANSE | SPECTACLE

The Recoil of Words

15 Nov - 17 Nov 2018

En retrait ou en recul des mot, The Recoil of Words, de la chorégraphe Tânia Carvalho, compose son propre langage. Et sur une musique contemporaine de Julia Wolfe — un solo de cornemuse, comme une longue note —, le trio dansé déroule une histoire sans parole.

Avec The Recoil of Words (2013) [Le recul des mots], la chorégraphe portugaise Tânia Carvalho (Cie Bomba Suicida) livre une pièce pour trois interprètes. Sur une musique de la compositrice américaine Julia Wolfe, les danseurs — Luís Guerra, Sandra Rosado, Tânia Carvalho — incarnent d’étranges spectres. Dansant au-delà des mots (sans les mots), Tânia Carvalho creuse un langage fait de mouvements, textures gestuelles, vitesses. La composition musicale de Julia Wolfe, LAD (2007), fonctionne elle-même comme un au-delà des mots. Pièce écrite pour neuf cornemuses, mais existant également en version solo (celle choisie par Tânia Carvalho), LAD déploie un long souffle harmonique ponctué de paliers. Comme un dégradé musical, en langage non-verbal. Dans cette texture sonore, The Recoil of Words joue ainsi avec l’atmosphère. Dans des costumes atypiques (créés par Aleksandar Protic), les interprètes dansent à la lisière du mime, et les spectateurs cherchent à décrypter le sens de ce langage commun aux trois entités.

The Recoil of Words de Tânia Carvalho : une danse en retrait des mots

Interprété en live par Jean Blanchard, LAD forme une trame harmonique. Chorégraphe pluridisciplinaire, Tânia Carvalho est également co-fondatrice du collectif Bomba Suicida avec Luís Guerra et Marlene Monteiro Freitas. Lors de sa création en 2013, la pièce The Recoil of Words était d’ailleurs interprétée par les trois danseurs-chorégraphes. Conjuguant danse, arts visuels et musique, Tânia Carvalho reprend ainsi sa performance, côtoyant l’indicible. Affirmation audacieuse, elle explique qu’avec le temps elle a appris à penser sans recourir aux mots. De quoi piquer la curiosité envers le travail de cette danseuse, chorégraphe et musicienne, qui pense en mouvements, intensités des corps, rythmes, pauses, silhouettes, atmosphères. Vêtus de noir et blanc, les danseurs de The Recoil of Words ont des allures de diablotins bondissant hors de leur boîte. Et de sa création pour le festival « Aire de jeu », aux Subsistances (Lyon), le spectacle garde une dimension ludique.

La cornemuse et le mouvement chorégraphié comme langages à part entière

Pour cette pièce, Tânia Carvalho aura fait le choix de travailler en laissant les images venir et s’accumuler, jusqu’à composer une forme définie. Et ce, dans une exploration chorégraphique qui se débarrasse du verbe. Pour mieux s’immerger dans les rapports d’intensité entre musique et danse. Sur des notes de cornemuse qui, elles aussi forment une sorte de résille musicale. Attachée au dessin, la danse que déploie Tânia Carvalho emprunte également de ses contrastes à l’Expressionnisme cinématographique. Avec des références au Cabinet du docteur Caligari (1922) de Robert Wiene, dans sa pièce 27 bones (2012), par exemple. Univers symbolique, The Recoil of Words dessine ainsi une sorte d’intrigante danse macabre, entre fête des morts et Banshee (à partir de 10 ans). Autrement dit : offre un terrain ouvert aux vagabondages de l’imagination. Laquelle s’empresse souvent d’aller peupler de mots ce qui s’y refuse. Telle cette ronde atemporelle.