DANSE | SPECTACLE

ZOA | Dancing Dance for me

30 Oct - 30 Oct 2018

Solo filmique et chorégraphique, Dancing Dance for me de Sun-A Lee gratte les profondeurs de champ. Reprenant son rôle de danseuse dans un court-métrage de fiction, Dance for me, Sun-A Lee l'augmente d'un live actualisé. Danse en abyme.

En 2014, la danseuse et chorégraphe sud-coréenne Sun-A Lee joue dans le court-métrage Dance for me du réalisateur Kyeong-yeob Choo. Fiction, elle y interprète le rôle d’une femme acceptant de revoir une dernière fois son ex-amant. Danseuse contemporaine vivant à Séoul, il lui demande d’improviser une ultime danse pour lui. Ce qu’elle fait. Dans une forêt de bouleaux enneigée. Entre page blanche et espace encombré, elle y danse en tenue courte, cheveux déliés, sur un terrain en pente, recouvert d’une épaisse couche de neige. Contre la morsure du froid, contre le sol jonché de pierres et branches, contre la lourdeur de la neige… Une dernière danse en terrain heurté. Deux ans après ce court-métrage, en 2016, Sun-A Lee commence à repenser la réappropriation du cinéma par le live chorégraphique. La performance Dancing Dance for me se dessine alors. Une performance cinémato-chorégraphique, où le live vient compléter la captation.

Dancing Dance for me de Sun-A Lee : un dialogue entre danse et cinéma

Si chorégraphie et vidéo sont liées, l’une comme écriture du mouvement, l’autre comme captation de celui-ci, il est plus fréquent que la captation serve de complément au live. Comme outil d’analyse. Renversant la base, avec Dancing Dance for me, c’est le film et la fiction qui servent de base à la performance live. Tandis que l’écran déroule les séquences chorégraphiques, Sun-A Lee replonge et prolonge l’espace du film. À la profondeur symbolique de l’espace filmique projeté vient s’adjoindre la profondeur du temps réel, et celle de l’espace scénique. Figure énigmatique, de dos, la danseuse danse l’image du personnage de la danseuse. Dialogue entre l’image et l’image de l’image, Sun-A Lee s’immisce dans les arrêts sur image. Comme un sous-texte creusant la représentation. Brouillage des frontières autant que décryptage analytique, Dancing Dance for me multiplie les mises en abyme chorégraphiques.

Plongeon dans l’image et corps-écran : mise en abyme cinémato-chorégraphique

Dancing Dance for me brouille les frontières entre fiction et réel. Personnage de composition, la chorégraphe Sun-A Lee remet en scène les souvenirs du personnage qu’elle a incarné, en tant qu’actrice. Tandis que l’écran déploie sa profondeur factice, Sun-A Lee y projette son ombre bidimensionnelle. Rappel de la platitude du cinéma, son corps n’en sert pas moins, à son tour, d’écran pour la projection lumineuse. Intrications de plans, de souvenirs et strates, comme la neige couvrant les feuilles couvrant l’humus couvrant les cailloux… L’entrelacs souligne l’imprécision des frontières entre fiction et réalité. Mais en arrêtant les images, en modifiant la temporalité du film pour y introduire du live, pour intercaler du présent, Sun-A Lee compose également une distance critique. Qui rejaillit sur les publics, conscients de regarder une chorégraphe, également en train de s’appréhender avec un regard critique. Pour un solo multipliant les profondeurs, à retrouver pendant le festival ZOA.