PHOTO | CRITIQUE

Stéphane Pencréac’h, Fabien Rigobert

PMarie-Jeanne Caprasse
@12 Jan 2008

Peintures de très grand format sur le thème de la violence, de la guerre et des passions humaines, les œuvres de Stéphane Pencréac’h contiennent une énergie brutale reposant sur la technique toute particulière de l’huile sur sublimation. De la complexité pour un sujet explosif… 

Jeune artiste autodidacte, boulimique de formes et d’images, Stéphane Pencréac’h commence à peindre en 1992. Regroupées sous le titre « Sublimation. La vie pendant la guerre », ses dernières œuvres mettent en scène les passions humaines : violence, sexe, guerre et mort. Elles montrent un monde en feu, mis à sac, où l’homme apparaît le plus souvent en victime. Les avions de chasse présents dans la plupart des toiles sont un symbole direct à l’état de guerre mais ils évoquent également l’agressivité et les pulsions sexuelles.

Stéphane Pencréac’h fait œuvre de peintures à l’énergie brutale qu’il échafaude à partir de collages photographiques. Ses recherches techniques l’ont amené à utiliser l’huile sur sublimation. Il commence ainsi à réaliser une œuvre sur papier, collage de photographies, qu’il numérise ensuite pour l’imprimer en très grand format sur une toile soyeuse selon un procédé industriel appelé «sublimation». Il obtient ainsi un premier niveau de lecture sur lequel il va intervenir au moyen de la peinture à l’huile.

Cette technique lui permet d’épurer et de transformer en un tout cohérent ses compositions kaléidoscopiques. Les photographies ne sont plus des objets étrangers au tableau mais intègrent la surface, se muant en véritable colonne vertébrale de la peinture. Le fond photographique devient un territoire qu’il s’agit pour le peintre de s’approprier et lui faire atteindre le point culminant de son expression. Pour reconstruire le tableau, il compartimente souvent les zones de la peinture à l’aide de grands traits noirs, à la manière d’un Bacon.

Ainsi, il obtient des images complexes, juxtaposant les points de vue et les techniques. Les avions apparaissent le plus souvent en fond, dans le ciel ou à l’envers se reflétant dans l’eau, comme si la guerre était perpétuellement tapie dans l’ombre. Imprimés sur la toile, ils sont lisses et soyeux, contrastant avec la matière des personnages qui, brossés à l’huile, semblent lourds et torturés.

Attenant à l’exposition, le showroom vidéo de Fabien Rigobert fait référence à un tout autre univers. Plus sobre, épuré, il cherche du côté de l’homme, animal communiquant. Dans South Flower, quatre personnages font l’expérience d’un même lieu sans pour autant que l’on perçoive une quelconque interaction entre eux. Chacun est dans sa bulle mentale. Même chose dans Station 2 avec un recentrage sur l’expression des individus. Ils hoquètent, éructent et gémissent comme si, machines sous pression, ils procédaient à leur autorégulation. Le flux de parole se limitant à restaurer l’équilibre des corps. Effrayant mais troublant.

Stéphane Pencréac’h
Le Rêve, 2005. Huile et photographie sur toile (diptyque). 160 x 130 cm (160 x 260 cm).
L’Ascenseur, 2005. Huile et sublimation sur toile Trévira (diptyque). 130 x 195 cm (260 x 195 cm).
Plafond primitif, 2005. Huile, sublimation et jouet en plastique sur toile Trévira (diptyque). 195 x 140 cm (195 x 270 cm).
Bombardement, 2005. Huile et impression jet d’encre sur toile. 200 x 200 cm.
Atomique, 2005. Huile, sublimation et trou sur toile Trévira (diptyque). 195 x 130 cm (195 x 260 cm).

Fabien Rigobert
South Flower 2, 2005. DVD couleurs. 1 min 10.
Station 2, 2002. DVD couleurs. 2 min 15.
South Flower 1, 2004. Photographie couleur. 50 x 75 cm (53 x 79 cm).
Topanga Ground, 2004. Photocopie couleur. 50 x 75 cm.
Avénements, 2005. Photographie couleurs sur caisson lumineux. 53 x 79 x 15 cm.