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Sigurdur Arni Sigurdsson

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@12 Jan 2008

Avec des moyens tout en douceur, l’artiste islandais Sigurdur Arni Sigurdsson. convoque un vide abyssal qu’il a peut-être puisé dans les horizons sans fin de sa terre natale.

Qui a dit qu’on ne pouvait plus peindre aujourd’hui ? Personne, sans doute, et cette rengaine qui apparaît aujourd’hui comme une lointaine résurgence se laisse définitivement tordre le cou par le travail de l’Islandais Sigurdur Arni Sigurdsson. Avec des moyens tout en douceur, l’artiste convoque par des surfaces presque aplat et des ombres presque chinoises, un vide abyssal qu’il a peut-être puisé dans les horizons sans fin de sa terre natale.

Ma seule comparaison, par exemple, est une grande huile sur toile dans laquelle l’ombre d’un personnage coupée à mi-corps se détache sur un fond monochrome couleur mastic. D’une simplicité qui n’est pas sans évoquer le travail d’un Djamel Tatah, Sigurdur Arni Sigurdsson opère une mise-en-abyme diablement efficace : le spectateur est confronté à ce qui pourrait être sa propre ombre projetée sur la toile, ce qui installe l’idée d’une source de lumière en dehors du tableau, derrière le regardeur, précisément, mais aussi derrière l’artiste lui-même.
Ce dernier signe ici un troublant autoportrait sans visage, le seul auquel, selon le titre, il puisse se comparer, le seul aussi, auquel nous puissions nous identifier. Cette silhouette grise est alors écran de projection (physique et mentale) ; on aimera alors à divaguer sur l’histoire de la fille du potier Dibutades qui, pour garder une trace de son amant destiné à partir, en traça, munie d’une lampe, la silhouette sur un mur… geste artistique fondateur, en somme.

La série de tableaux intitulés Chambre, est plus grinçante, mais tout aussi suggestive. Toujours tracés en silhouettes foncées sur fond clair beigeâtre, les motifs sont ceux de la chambre de torture ou d’interrogatoire : un banc vide et, suspendues à un plafond hors-champ, deux menottes ouvertes en forme de 3 3 attendent, la gueule ouverte, leur prochain client.
L’absolue décontextualisation des formes et l’économie des moyens employés octroient une dimension universelle à ces «chambres» qui, là encore, nous offrent un champ de projection très vaste dans lequel nous avons tout loisir de voyager, de l’Allemagne nazie au Chili de Pinochet jusqu’aux chambres de tortures les plus contemporaines et sophistiquées.

La peinture de Sigurdur Arni Sigurdsson n’est pas une peinture tragique dans le sens où elle ne vire jamais au pathos. L’éloignement des figures dans un brouillard cotonneux est un cadeau, celui du temps luxueux et indéfini de la contemplation.

Sigurdur Arni Sigurdsson
Ma seule comparaison, 2002. Huile sur toile. 200 x 224 cm.
Chambre II, 2002. Huile sur toile. 160 x 160 cm
Sans titre, 2002. Huile sur toile. 90 x 70 cm
Trou de mÈmoire, 2002. Huile sur toile. 70 x 90 cm
Chambre III, 2002. Huile sur toile. 160 x 160 cm
Dans líombre du soleil I, 2002. Huile sur toile. 90 x 70 cm
Sans titre, 2002. Huile sur toile. 70 x 90 cm