DANSE | SPECTACLE

Vertical Strike. Je ne peux pas rester silencieuse

17 Mai - 17 Mai 2018

Si l'arrière-garde fait de l'histoire de l'art une affaire d'hommes contemplatifs, des femmes actives comme Sarah Trouche, Wynn Holmes et Émilie Notéris en tirent une performance conjuguant danse et pole-dance. Avec Vertical Strike. Je ne peux pas rester silencieuse, elles rafraichissent les codes.

Artiste pluridisciplinaire, Sarah Trouche (Cie Winter Story in the Wild Jungle) cultive la performance, l’art corporel, la vidéo et la photographie. Il y a quelque chose de l’énergie des premières performances de Marina Abramovic dans l’insatiable fougue de Sarah Trouche. Ses performances la poussent au voyage : Kazakhstan, Sahara, Chine, Japon, Macédoine, Corée du Sud, Israël, Maroc… Tandis que son corps, souvent nu et peint d’une couleur vive, devient drapeau d’une revendication politique. Monolithique et entière, Sarah Trouche se plante dans le territoire qu’elle investit. Un étendard mobile, souvent déployé en faveur du féminisme. Ou plutôt du womanisme, comme pour sa performance Vertical Strike. Je ne peux pas rester silencieuse. Pièce chorégraphique co-créée avec Wynn Holmes (Cie LFDT – Lo Fi Dance theory) et l’auteure Émilie Notéris, Vertical Strike s’empare de l’histoire de l’art, au féminin.

Vertical Strike de Sarah Trouche : danse, performance chorégraphique et pole-dance

Avec la performance Vertical Strike. Je ne peux pas rester silencieuse, Sarah Trouche, Wynn Holmes et Émilie Notéris revisitent l’histoire de l’art, de 1913 à aujourd’hui. Une réponse en acte à cette force centrifuge qui efface les femmes de l’histoire. Avec sept interprètes – Harmony DL, Lola Mino, Virginie Mrz, Emma Lacambra, June Mc Grane, Sorna Nonaa Ndoye et Malva Van Dark – Vertical Strike propose un scrolling (défilement rapide) dans les actions artistiques réalisées par des femmes. En faisant le choix de contextualiser le propos dans le womanisme, plutôt que dans le féminisme. Le womanisme ? Un courant issu du black feminism et initié par l’auteure Alice Walker. Confrontées à des formes de racisme au sein de mouvements féministes portés par des femmes blanches, des femmes noires ont alors opté pour la définition d’un black feminism. Dont a emergé le womanisme, en tant que mouvement englobant.

L’histoire au féminin : un siècle d’actions artistiques, sous l’étendard du womanisme

Ce sont les mots d’Alice Walker qui donnent ses couleurs au womanisme : « le womanisme est au féminisme ce que la couleur violette est à la couleur lavande ». Autrement dit : un courant inclusif et transversal, pour toutes les femmes de toutes les cultures. Dans ce contexte, la performance Vertical Strike. Je ne peux pas rester silencieuse réunit quatre danseuses et trois pole-danseuses. Mat vertical autour duquel le corps s’enroule et ondule tel un drapeau, le pole-dance évoque un art plutôt genré (féminin ; pratiqué dans les clubs de strip-tease). Mais il rejoint ici un autre geste, tout aussi chargé symboliquement : le planté de drapeau en terre vierge et/ou conquise. Soit un geste également doté d’une iconographie forte et genrée – telle la photo Raising the Flag on Iwo Jima. Presque guerrier, le ‘strike’ de Sarah Trouche cible ici l’émancipation des femmes. Avec une performance dense, qui bouscule et rafraichit les codes et conventions.