DANSE | SPECTACLE

Festival d’Avignon | Grito Pelao

06 Juil - 10 Juil 2018

Avec Grito Pelao, la chorégraphe Rocío Molina plonge dans ce qu'il y a peut-être de plus intime pour une femme : la maternité. Conviant sa mère et son amie sur scène, toutes deux chanteuses, c'est par le flamenco contemporain, que Rocío Molina conjure et accueille cet impérieux désir de devenir mère.

Rocío Molina, Grito Pelao, 2018
Rocío Molina, Grito Pelao, 2018. Flamenco contemporain. Durée : 1h30.© Pablo Guidali.

Avignon 2018 ouvre sa soixante-douzième édition avec, côté danse, une première mondiale. Le spectacle Grito Pelao [crier à pleins poumons] de la chorégraphe andalouse, Rocío Molina. Danseuse et chorégraphe de flamenco contemporain, Rocío Molina n’en renonce pas pour autant à son désir de mettre au monde un enfant. Pièce pour trois interprètes, Grito Pelao réunit Lola Cruz, Rocío Molina Cruz et Sílvia Pérez Cruz, autour de ce sujet sensible qu’est la maternité. Une trame à la fois simple et complexe, qui se nourrit de l’expérience de Rocío Molina, en tant que femme lesbienne souhaitant avoir un enfant. Entre éléments pragmatiques (fécondation in vitro) et moteurs ancestraux, la pièce fraie un chemin. Rituel d’accompagnement et de transmission, Grito Pelao réunit ainsi Rocío Molina Cruz, sa mère Lola Cruz et une homonyme, Sílvia Pérez Cruz, elle-même déjà mère.

Grito Pelao de Rocío Molina : conjuguer danse et désir d’être mère

Mêlant danse et chant, Grito Pelao plonge dans le vif du désir (ou du besoin) de donner la vie. Danseuse et chorégraphe dévouée à son art, Rocío Molina a aussi un corps en conséquence. Amplement saluée pour sa pièce Caída del cielo (2016), l’envers du décor est celui d’un métabolisme d’athlète de haut niveau. À savoir un corps capable de dépasser ses propres limite (la douleur) pour fournir des performances toujours plus excellentes. Jusqu’à atteindre un état que Rocío Molina compare à la mort : celui où le corps-esprit ne ressent plus rien. Condition sine qua non pour pouvoir continuer ; condition qui, poussée à son paroxysme, peut aussi devenir ce qui empêche de continuer à vivre. Artiste de l’engagement, Rocío Molina s’est ainsi emparée de la vacuité éprouvée. Une vacuité dans laquelle est venue résonner un dialogue imaginé, avec un.e enfant non encore né.e, à naître, à faire naître.

Le flamenco contemporain pour comprendre et accompagner le désir de donner la vie

Née en 1984, pour le quarantième anniversaire de Rocío Molina, la population mondiale aura quasiment doublé. Une réalité qui n’anéantit pas le désir d’être mère. Même pour une danseuse comme Rocío Molina. Alors quel est ce phénomène impérieux ? En artiste, Rocío Molina invite sa mère (chanteuse de flamenco) et son amie de cœur (tout aussi puissante chanteuse de flamenco et de jazz) à explorer la question sur scène. Pour une expérience aussi existentielle que physique. Car processus de transformation, il est possible que la tournée de Grito Pelao devienne celle d’une femme enceinte. Moment de force et de faiblesse, la pièce touche au besoin primordial de protection. Les trois femmes y forment un cocon pour l’enfant à naître. Un repli dont la violence exclusive est ici contrebalancée par le partage d’expérience, sur scène. Sensuel, intime, mais aussi ouvert et aérien, comme un cri : Grito Pelao fera sa première en Avignon.