DANSE | SPECTACLE

Mother’s Milk

13 Juin - 17 Juin 2018

Dix-neufs danseurs infatigables pour une pièce chorégraphique en forme d'hommage : Mother's Milk étincèle d’énergie. Composée par le chorégraphe Rami Be'er pour la Kibbutz Contemporary Dance Company : c'est une histoire de famille, à la fois intime et collective.

Rarement présente en France, c’est dans le cadre de la Saison France-Israël 2018 que la Kibbutz Contemporary Dance Compagny (KCDC) fait escale à Paris. Chorégraphe et directeur artistique de la KCDC depuis 1996, Rami Be’er présente ainsi la pièce Mother’s Milk [Lait Maternel]. Un hommage chorégraphique à ses parents récemment disparus. Pour aller droit au but : à moins de vivre sur une autre planète, difficile de ne pas penser aux violents spasmes qui déchirent le Moyen-Orient. Dans Mother’s Milk, Rami Be’er fait lui-même retour sur cette histoire, la sienne, qui se mêle à la Grande Histoire. Avec sa grande hache, comme l’écrivait Georges Perec après avoir affirmé : je n’ai pas de souvenirs d’enfance. Rami Be’er a, pour sa part, beaucoup de souvenirs d’enfance. Où se conjuguent l’amour parental et l’énergie d’une utopie sociale à construire. Avec Mother’s Milk , il en livre des fragments, par la danse.

Mother’s Milk de Rami Be’er : hommage énergique aux parents du chorégraphe

Né (en 1957) dans le kibboutz Ga’aton (à une vingtaine de kilomètres au sud de la frontière libanaise), du nom de la rivière Ga’aton, Rami Be’er a commencé par étudier le violoncelle et la danse. Chorégraphe ayant une cinquantaine de créations à son actif, Mother’s Milk est ainsi l’occasion d’un retour mémoriel. Ayant échappé à la Shoah, en 1948 ses parents, Shosha et Menny Be’er, fuient l’Europe pour s’installer en Israël-Palestine. Partisans enthousiastes, son père et sa mère participent activement à la fondation du kibboutz Ga’aton. Un lieu d’utopie sociale en acte ; une bulle de culture dédiée à la transmission d’un patrimoine culturel européen aussi dense que pétri de contradictions. Composée pour les dix-neuf danseurs de la KCDC, la pièce joue sur une forme de pénombre intimiste. Transformant la scène en espace clos ou résonnent parfois des battements de cœur, Mother’s Milk cultive une beauté au rythme soutenu.

Rami Be’er (Kibbutz Contemporary Dance Compagny) : la beauté hachée

La scène résonne de différents rythmes. Allant de Johann Sebastian Bach à l’électro minimaliste et ludique d’Amon Tobin. Amon Tobin qui aura notamment été présent sur la bande-son du film d’Elia Suleiman, Intervention divine, avec son planant Easy Muffin. Requiem rythmé et homogène, doté d’une grande force cohésive, Mother’s Milk possède l’éclat des pierres les plus finement taillées. Le lustre, suspendu au milieu de la scène, rappelle d’ailleurs ces anciennes suspensions agrémentées d’ornements en cristal et verrerie. Bougies électriques, il vibre lui aussi, au rythme des danseurs infatigables. Chant d’amour adressé à l’énergie de construction de ses parents, Mother’s Milk oscille entre ballet classique et unisson chorégraphique. À l’aune d’une dynamique d’où émane un sens de la discipline assez cadencé. Avec des gestes secs, amples, qui échappent de justesse au ballet mécanique. Entre création et fuite en avant, Mother’s Milk retient l’attention par son étrange beauté hachée, ciselée.