ART | PERFORMANCE

Pièce lumineuse

17 Fév - 20 Mar 2005
Vernissage le 16 Fév 2005

Performance chirurgicale. Remise en cause des archétypes liés à la beauté, à la religion, à l’histoire de l’art et à tous leurs rites de représentation. Références à l’aseptisation du bloc opératoire et à l’irréalité aigue de ces moments. Travail de transformation et de réinvention de son propre corps. En collaboraton avec l’architecte Philippe Chiambaretta

Orlan
Pièce lumineuse

L’œuvre intitulée «Pièce lumineuse» est le fruit de la collaboration entre une artiste, Orlan, et un architecte, Philippe Chiambaretta.
Leur première rencontre, qui eût lieu au Palais de Tokyo en octobre 2003, leur fit immédiatement saisir ce que chacun pouvait apporter à l’autre: l’artiste, son vaste univers créatif et sa capacité d’invention de formes et des concepts; l’architecte, la maîtrise des espaces et la proposition de matériaux nouveaux. C’est ainsi qu’Orlan proposa à l’architecte de réfléchir avec elle à la création d’une œuvre nouvelle.

Depuis le début des années 60, Orlan s’est attaquée à toutes les formes de pressions sociales et culturelles exercées sur le corps et l’identité de la femme, remettant en cause les archétypes liés à la beauté, à la religion, à l’histoire de l’art et à tous leurs rites de représentation. Féministe convaincue, mais tout d’abord artiste, Orlan a ainsi développé une œuvre polymorphe, parfois extrême, et d’une rare richesse dans la réinvention perpétuelle d’elle-même et la mise en œuvre de sa métamorphose.

Philippe Chiambaretta, lui, a toujours été un explorateur actif des pratiques artistiques les plus contemporaines, pour y trouver parfois les fondements mêmes de son travail d’architecte. Questionnant les modèles traditionnels de l’art de bâtir en les confrontant à des concepts innovants, tel que celui de l’enveloppe — véritable «peau» complexe et interactive de l’architecture — son approche souple et libre lui permet d’offrir une large place à l’art dans son travail de bâtisseur d’espaces.

L’œuvre pour laquelle ils ont collaboré permet à Orlan de donner une forme nouvelle à ses travaux sur les opérations chirurgicales — performances. C’est, en effet, au tout début des années 90, que l’artiste produisit l’un des actes les plus radicaux de l’histoire de l’art du 20e siècle: par le recours à la chirurgie plastique et en utilisant son corps comme matériau artistique, Orlan réalisa — entre 1990 et 1993 — une série de performances dans lesquelles le bloc opératoire devient un véritable théâtre ouvert à tous ses désirs créatifs, l’acte chirurgical se déplaça sur des terrains inexplorés jusqu’alors et le visage de l’artiste lui fournit la matière d’expérimentations à hauts risques dans lesquelles, par une dramaturgie spectaculaire elle affirma haut et fort que son corps lui appartenait.

Neuf interventions chirurgicales artistiques se succédèrent en l’espace de trois années. A Paris puis à New York, en chapeau d’Arlequin, vêtue par Issey Miyake ou Paco Rabanne, accompagnée d’un danseur strip-teaseur, armée d’un trident ou dessinant des visages avec son sang, Orlan donna à chacun de ces moments le statut d’une fête offerte aux regards, d’un spectacle mis en scène pour célébrer l’offrande du corps de l’artiste au scalpel du chirurgien et l’irruption de l’art en des lieux voués à d’autres rites.

«Pièce lumineuse» constitue une nouvelle étape de ce travail. Espace souple et modelable, lumière blanche irradiante, images spectaculaires issues des opérations chirurgicales — performances de 1993, tout ici renvoie à l’aseptisation du bloc opératoire et à l’irréalité aigue de ces moments. Le matériau flexible et translucide utilisé rejoint à la fois les préoccupations de l’architecte sur les constructions de volumes souples que ceux de l’artiste sur les déformations artistiques du corps.

L’ensemble se rencontre ici dans une parfaite complémentarité, ajoutant ainsi une pièce supplémentaire aux œuvres récentes de l’artiste, les «Self-hybridations précolombiennes et africaines», auxquelles Orlan livre désormais virtuellement son visage et qui constituent l’un des développements actuels du travail de transformation et de réinvention de son propre corps pour en faire le territoire d’un étonnant métissage plastique et culturel, le champ d’une nouvelle expérience, et placer à nouveau l’artiste au coeur des cultures du monde et son œuvre au carrefour de toutes les polémiques.

Commissaire
Marc Sanchez assisté de Pauline Guélaud

Partenariats
>Centre de Création Contemporaine) de Tours
>Entreprise Normalu Expo