PHOTO

Peintures 1996-2006

PAnne Kawala
@12 Jan 2008

La rétrospective au Point Ephémère du peintre australien James Cochran, alias Jimmy C., traduit une hybridation de techniques et d’esthétiques entre le monde de la rue et les savoirs en histoire de l’art acquis à l’université.

La peinture de James Cochran trouve son origne dans la rue, dans son adolescence où il fut sans-abri. Ses sujets s’ancrent dans cette réalité: homeless, drogués, paysages urbains. Ses techniques furent d’abord celles du graffiti et de la peinture à la bombe. Puis pour apprendre l’histoire de l’art et les techniques de la peinture à l’huile, il s’est inscrit à l’université de Sydney.
Les tableaux de grandes dimensions exposés au Point Ephémère confrontent la connaissance de la rue au savoir universitaire selon trois mouvements thématiques, historiques et techniques.

A partir des représentations du religieux propres à la peinture classique, James Cochran réinterprète ses souvenirs. Dans un contexte actuel violent, les personnages s’incarnent comme apôtres ou saints dans Blinding of Paul (1999) ou Francis in Extasy (2000). Le portrait historique est décliné avec des sans-abris qui posent debout, rieurs sous des arbres sous lesquels ils sont parfois amenés à vivre — Blessed (2003), Simon in the Parklands (2004). Ils sont saisis dans des contre plongées qui les magnifient, voire les statufient.
On perçoit les références aux grands maîtres tels que Caravage et Vélasquez, en particulier dans l’utilisation presque exclusive de la peinture à l’huile.

La plupart des paysages, crépusculaires ou nocturnes, surplombent des immeubles proches des échangeurs d’autoroutes. Cochran emploie ici tour à tour la peinture à l’huile (William Street from the Cross, 2002) ou l’aérosol (Sydney Cityscape 2004). Dans les tableaux réalisés à la bombe, il propose une relecture inventive du pointillisme en soumettant une technique issue de la street culture aux questions techniques, historiques et thématiques de ce mouvement. Entre deux tableaux figurant la même vue, l’un peint à l’huile et l’autre à la bombe, s’instaure un dialogue visuel où s’opposent les sensations de fixité et de mouvement.

Les très grands portraits constituent la troisième hybridation, la plus récente. Cochran prend pour modèles ses amis (Portrait of David, 2005) et lui-même (Self portrait 2, 2005) figurés selon sa technique de «pointillisme à la bombe». Par delà l’histoire de l’art, c’est l’humain qui prévaut ici.

Cette rétrospective montre comment Cochran a su successivement dépasser les limites de la street culture et de l’histoire de l’art. Par l’usage de la bombe, il renouvelle la question de la diffraction de la lumière chère aux pointillistes.

James Cochran
Blinding of Paul, 1999. Huile sur toile. 76 x 95 cm.
Francis in Extasy, 2000. Huile sur toile. 125 x 140 cm.
Blessed, 2003. Huile sur toile.120 x 77 cm.
Simon in the Parklands, 2004. Huile sur toile. 82 x 59 cm.
William Street from the Cross, 2002. Huile sur toile. 110 x 120 cm.
Sydney Cityscape, 2004. Bombe sur toile. 110 x 120 cm.
Portrait of David, 2005. Bombe sur toile. 150 x 108 cm.
Self Portrait 2, 2005. Bombe sur toile. 153 x 107 cm.
The Ascension, 2003. Huile et bombe sur toile. 148 x 79 cm.
La La Land 3, 2004. Huile et bombe sur toile. 68 x 104 cm.
Metro Dodo, 2005. Bombe sur toile. 150 x 108 cm.