ART | EXPO

Padova

19 Mar - 26 Avr 2008
Vernissage le 18 Mar 2008

Raphaël Zarka travaille comme le « curieux » qui rassemble à l’intérieur de son cabinet les bases d’un véritable monde en miniature. Son oeuvre se situe à la frontière entre la sculpture et la photographie, dans une forme hybride et changeante qui fait écho aux préoccupations de l’artiste.

Raphaël Zarka
Padova

La photographie d’Eric Antoine, reproduite sur le carton de la première exposition personnelle de Raphaël Zarka à Paris présente un skateur exécutant un backside smith grind sur une sculpture moderne. Si depuis l’écriture de son livre Une journée sans vague, Chronologie lacunaire du skateboard, 1779-2005, le nom de Raphaël Zarka est largement associé au skate, le lien avec son travail plastique est plus indirect qu’il n’y paraît. Dans la série « Riding Modern Art », dont est tirée l’image du carton, c’est avant tout l’usage physique et la dynamisation du fossile urbain qui fascinent l’artiste.

Padova, une sculpture en forme de plan incliné, s’étire au sol de la galerie. Il s’agit cette fois d’une réplique d’un objet scientifique destiné à étudier la chute des corps et leur accélération le long d’un plan incliné, créé par un artisan du 18ème siècle à partir des expériences décrites dans les traités de Galilée. S’inscrivant dans la lignée d’une conception de l’objet par interprétations successives, Raphaël Zarka conserve le squelette de la structure initiale – et avec elle, son identité partielle – sans pour autant chercher à produire la copie fidèle du modèle d’origine. Il dépouille la forme classique de ses détails décoratifs, la rationalise, et la fait dériver vers l’abstraction. Libéré du poids de son histoire, l’objet scientifique d’utilité aujourd’hui obsolète s’ouvre désormais à un nouveau champ de potentialité.

Composant la partition de l’exposition, les Mystery Board déclinent par séries des formes géométriques. Tel les Story boards de futurs films d’animation, ils proposent de mystérieuses grilles constituant le terrain de jeu, d’expérimentations et de synthèse du travail de l’artiste. Les sources sont diverses – images collectées, objets fabriqués ou trouvés, projets non réalisés – s’inspirant à loisir des modes de conception du pavement dans La Flagellation du Christ de Piero Della Francesca, d’un polyèdre figurant dans le portrait du mathématicien Luca Pacioli peint par Jacopo de Barbari (1495), ou encore du modèle cosmologique de Kepler (astronome qui découvrit la trajectoire elliptique des planètes et « passait des années », selon la formule de Zarka, « à tenter de faire rentrer les étoiles dans son carré »), qui est composé d’un enchevêtrement de cinq polyèdres réguliers imaginés par Platon. L’artiste en déduit des rubicubes d’idées et de formes qu’il assemble, fait pivoter, surajoute ou fait permuter, selon un jeu d’associations et d’emboîtements élaboré suivant une règle aussi rigoureuse qu’arbitraire.

Chez Raphaël Zarka, pas de date de péremption de l’objet qui tienne, ni de pétrification de la forme, mais des déclinaisons à l’infini et des combinaisons illimitées. Si l’artiste affectionne tout particulièrement cette formule de Borges : « c’est presque insulter les formes du monde de penser que nous pouvons inventer quelque chose ou que nous ayons même besoin d’inventer quoi que ce soit. », c’est en pratiquant l’emprunt et l’anachronisme, que son ouvre assure la permanence de l’objet, paradoxalement sans cesse métamorphosé. Par procédé de transformation, de propagation ou de contamination, ce collectionneur obstiné s’attache non seulement aux multiples possibilités qu’offrent les formes et les objets mais également aux histoires qu’ils cristallisent. Des sculptures documentaires auxquelles il confère de l’ampleur et de l’élan, qu’il anime littéralement.