DANSE | SPECTACLE

Rencontres Chorégraphiques | Hard to be Soft – A Belfast Prayer

09 Juin - 10 Juin 2018

Attentive aux postures humaines, la chorégraphe Oona Doherty livre une pièce en quatre épisodes : Hard to be Soft - A Belfast Prayer. Sur une musique mêlant argot irlandais et musique sacrée, les danseurs composent des fragments sociologiques au ralenti. Entre masculinités blessées et féminités viriles.

Avec Hard to be Soft – A Belfast Prayer, la chorégraphe britannico-irlandaise Oona Doherty livre une pièce chorégraphique en quatre actes. Épisode I : Lazarus & the birds of Paradise [Lazare et les oiseaux du paradis]. Épisode II : Sugar Army [L’armée de sucre]. Meat Kaleidoscope [Kaléidoscope de viande] pour l’épisode III. Et enfin, épisode IV : Helium. Chacun des volets s’ancrant dans un moment de la vie d’Oona Doherty. Comme si chaque volet était une station, et son parcours une ligne de métro. Ou un chemin de croix. Arrivée à dix ans du nord de Londres à Belfast, c’est un coup de foudre ambivalent qui semble lier Oona Doherty à la ville. Cultivant une danse attentive aux attitudes humaines, elle jongle entre les codes. Ceux de la masculinité, ceux de la féminité. De la petite frappe à la minette, en passant par la grâce. Sans moquerie ni condescendance.

Hard to be Soft – A Belfast Prayer d’Oona Doherty : la danse, entre grâce et sociologie

Attentive à l’architecture des corps comme des lieux (prisons, par exemple), Oona Doherty compose, avec Hard to be Soft, une pièce structurée. Première station : Lazarus & the birds of Paradise. Derrière ce titre : l’histoire de Lazare, telle que contée par Oona Doherty. Mort depuis quatre jours, son corps puait tandis que sa chair commençait à pourrir dans la cave. Jésus est venu et l’a ramené à la vie. Les sœurs de Lazare lui ont alors réappris à marcher, parler, manger, pisser et avaler. Un énorme bébé adulte, ramené à la vie. Et d’ajouter : combien cela a dû être pénible à Lazare d’avoir à traverser cela, que ses sœurs le voient dans cet état. Première partie en forme de solo, Oona Doherty, en jogging blanc androgyne, conjugue postures machistes, ralentis, suspensions. Sur un musique mixant musique sacrée (façon Palestrina) et fragments de dialogues en irlandais (cris, pleurs, invectives…).

Chorégraphie en quatre épisodes, pour une plongée dans la chair humaine

Portés par la musique du compositeur David Holmes, les quatre tableaux de Hard to be Soft ont tous une coloration particulière. Le deuxième épisode, Sugar Army, mobilise l’Ajendance Company, avec neuf jeunes danseuses, toutes plus énergiques les unes que les autres. Pour un fragment ravivant le souvenir des compétitions féminines de disco dancing. Par des adolescentes aux mouvements durs, rapides, agressifs, projetant leur sexualité comme des armes. Le troisième volet, Meat Kaleidoscope, prend les traits d’un duo (John Scott et Bryan Quinn). Comme une lutte entre un père et un fils, une guerre entre générations, entre nations, entre deux virilités blessées. Enfin, Helium retourne la figure de l’ascension. Sous les traits d’un solo du danseur Ryan O’Neil. Spectacle dense, aussi poétique que sociologique, Hard to be Soft – A Belfast Prayer plonge dans la chair humaine. Sans glamour, mais avec grâce, Oona Doherty pulvérise les clichés.