DANSE | SPECTACLE

Hope Hunt & The ascension into Lazarus

26 Fév - 26 Fév 2018

Dans l'espace de représentation qu'est la société, chacun porte des masques. Avec Hope Hunt & The ascension into Lazarus, la chorégraphe irlandaise Oona Doherty s'empare de celui des jeunes hommes (adolescents et jeunes adultes) cultivant une violence lourde et sourde. Entre virilité hip-hop et groupes suprématistes.

Hope Hunt & The ascension into Lazarus, de la chorégraphe et danseuse irlandaise Oona Doherty, conjuguent danse, théâtre physique, sociologie et revendication sociale. La chasse à l’espoir, Hope Hunt, représente une mise sur scène des attitudes de certains jeunes hommes actuels (de Belfast, par exemple). Jeune de classe pauvre et exclue, en quête de virilité, de visibilité, le jeune homme d’Oona Doherty surjoue la masculinité, la puissance. Et de stéréotypes en attitudes typiques, Oona Doherty déroule le portrait d’une génération. La force physique, la provocation, la suprématie, la lutte pour s’imposer physiquement, l’occupation de l’espace commun sur un mode massif. La fascination pour la violence… Oona Doherty ne prend pas de gant. Elle adopte et restitue des attitudes vindicatives et virulentes, qui traversent une partie de la jeunesse européenne.

Hope Hunt & The ascension into Lazarus : danse d’impuissance et de virilité

Hope Hunt, dans sa version autonome, se compose de trois parties. Une introduction qui se passe dans la rue, avec l’arrivée en Golf noire. Puis la représentation à l’intérieur du théâtre. Et un final, avec un DJ. Hope Hunt commence ainsi avec une voiture jouant de la musique à fond, dans les rues. Avec une personne (dansée par Oona Doherty) survoltée (à la coke, la testostérone, l’alcool ?), qui en sort, pour faire son show dans l’espace public. S’adressant par exemple à une jeune femme de classe moyenne, qui fait partie des spectateurs, sur le mode de l’invective. Tactique de séduction ou stratégie d’intimidation ? Point levé, jogging et chaine en or… Les symboles oscillent entre misogynie hip-hop et attitudes de suprématistes blancs. Pourtant, le travail chorégraphique d’Oona Doherty est capable d’aller creuser assez profond pour mettre ou jour de l’empathie.

Oona Doherty : un solo entre danse, théâtre physique et proclamation sociale

Répétant les mots, les gestes, jusqu’à mettre au jour la poésie enfouie, Oona Doherty scrute la fabrique des inégalités. ‘Scheisse’, devient ‘jealousy’, devient ‘Chelsea’. En anglais, en allemand, en français… L’argot du mâle de banlieue : Oona Doherty le parle, le danse, le déforme. « Dès le plus jeune âge, engrainé à évoluer, Dans une meute où l’ego se fait les dents sur les colliers d’à-côté. Où les réputations se font et se défont. Où les moins costauds enjambent les ponts. » La musique inclut des samples de Samouraï, par exemple, une chanson associée au film La Haine (1995). À Hope Hunt vient ensuite répondre The ascension into Lazarus. Où se mêlent argot irlandais et musique religieuse. Il n’y a pas de condescendance dans la danse d’Oona Doherty. Seulement de la complexité, de l’ambivalence, et assez d’humour pour importer de la tendresse dans une situation exaspérée.