DANSE | SPECTACLE

Meguri

12 Jan - 14 Jan 2017
Vernissage le 12 Jan 2017

Dans le cadre du festival « Montpellier danse », la compagnie japonaise Sankai Juku présente Meguri : exubérance marine et tranquillité terrestre, un spectacle introduisant à l’art même du Butô : dire l’essence des êtres et des choses en recherchant le geste véritable.

Fondée en 1975 par Ushio Amagatsu, la compagnie japonaise Sankai Juku est devenue en un peu plus de quarante ans un porte-drapeau éminent du Butô, danse qui fit d’abord scandale dans l’après-guerre, sous l’impulsion de Kazuo Ono et Tatsumi Hijikata. Meguri, pièce créée en 2015 à l’occasion des quarante ans de la compagnie, révèle la puissance poétique du Butô.

Le Butô : le geste véritable

Consécutivement au bombardement de Nagasaki et Hiroshima, le Butô a voulu exprimer à la fois le refus de l’occident et des contraintes sociales. Danse portée par un véritable esprit d’opposition et une volonté de renouveau, le Butô a voulu révéler en premier lieu la douleur physique et spirituelle.

Loin de ne figurer que la souffrance humaine et la mort, cette danse est aussi inactuelle et universelle car elle exprime le mouvement de la vie. Car tout au long de son existence, chacun peut prendre conscience de la nécessité de retrouver un rapport à soi et à son corps, aux autres et au monde, véritable. Révélant l’intériorité, la singularité et l’universalité de chacun, le Butô est cette « danse de l’ombre » qui exprime ce qui ne peut se voir. Elle n’est en aucun cas simple imitation de mouvements, mais abandon essentiel des gestes acquis destiné à trouver le mouvement naturel et volontaire défait de tout artifice. « Beaucoup de choses viennent de l’extérieur, c’est mieux d’essayer d’être vide et, à partir de là, retrouver quelque chose d’intérieur ; le sentiment de la nostalgie est la racine du Butô », déclare Kazuo Ohno. Dès lors, chaque mouvement importe et s’apprécie à sa juste valeur.

Meguri : exubérance marine, tranquillité terrestre

Cette recherche du geste véritable et ce retour fondamental à l’intériorité se présente dans Meguri sous la forme d’une suite de tableaux à la lenteur étudiée mettant en scène des danseurs au corps couvert de « plâtre » blanc, sorte de « seconde peau qui efface les personnalités. » Meguri, le sous-titre de la pièce l’indique, renvoie en chacun de ses sept courts tableaux à la présence essentielle pour l’homme de la nature et de la quiétude intérieure retrouvée. « Si la nature est présente, précise Ushio Amagatsu, c’est qu’elle est importante dans notre vie quotidienne. J’utilise pour mes pièces une sorte de symbolique : la terre, l’eau, le vent, le feu. » Si les titres de chaque tableau évoquent la présence de la nature, l’arrière-plan de la scène révèle un décor de pierre inspiré de fossiles aux formes animales. De même, la scène est recouverte d’un sable de couleur ocre, alors que l’eau est représentée par une étendue bleue, et le feu par les couleurs chaudes des jeux de lumières.

Ushio Amagatsu révèle ici son intention en explicitant la signification de Meguri : « Le mot meguri vient de meguru, et fait référence à une rotation, à un cycle comme celui de l’eau par exemple et, au-delà, à toute chose en mouvement circulaire. Meguri signifie donc par extension ce qui circule en suivant un certain ordre ; par exemple, le passage du temps, les changements de saison, et l’évolution des choses. »

Meguri est donc en quelque sorte le récit du cycle de la vie et de la mort, du passage d’un état à un autre. Les mêmes mouvements semblent revenir sans cesse et la danse se concentre autour de gestes fondamentaux. Si la danse et lente, marque chorégraphique d’Ushio Amagatsu, elle est recherche d’un équilibre gestuel. Les mouvements se décomposent alors pour tenter d’exprimer la variété des sentiments humains. Dans un geste, apparaît la fascinante permanence de ce que nous sommes et du monde qui est le nôtre.