DANSE | SPECTACLE

Là, se délasse Lilith…

18 Fév - 19 Fév 2019

Performance chorégraphique engagée pour publics aguerris, Là, se délasse Lilith... met en scène un corps libre et libertaire. Celui de la chorégraphe Marinette Dozeville, qui livre ainsi un solo percutant, sur les rythmes percussifs (et live) d'Uriel Barthelemi. Une sensualité assumée et politique.

Avec Là, se délasse Lilith…, sous-titrée Manifestation d’un corps libertaire (2018), Marinette Dozeville livre une performance engagée. Une pièce chorégraphique pour publics plutôt matures — 18 ans et plus —, qui s’ouvre sur une scène de bondage. Marinette Dozeville y est nue, attachée, suspendue au ras du sol. Tandis que l’une des expositions actuelles de Nobuyoshi Araki soulève la polémique, Marinette Dozeville renverse le problème. De quoi s’agit-il ? Le photographe Nobuyoshi Araki est mondialement connu pour ses photos de bondage. Soient des images érotisantes mettant en scène des jeunes femmes attachées. Actuellement présentée au centre d’art C/O Berlin, l’exposition « Impossible Love – Vintage Photographs » a suscité de la colère. Notamment celle du collectif féministe Angry Asian Girls Association. Maintenant, quelle différence entre le bondage selon Nobuyoshi Araki et selon Là, se délasse Lilith… ? Hormis le féminisme revendiqué de Marinette Dozeville ? Non seulement la différence de medium (danse, photographie), mais aussi le consentement.

Là, se délasse Lilith… Manifestation d’un corps libertaire, de Marinette Dozeville

« Je n’essaie pas d’échapper au Patriarcat pour entrer au couvent des Féministes. » Dans son engagement, Marinette Dozeville se rattache plutôt au courant pro-sexe. Autrement dit, un courant né dans les années 1980, qui se différencie du féminisme abolitionniste. Si ce dernier refuse toute instrumentalisation des corps féminins, le mouvement pro-sexe se réserve cette possibilité. Sous réserve de consentement. Et la souffrance mise en scène par la chorégraphe Marinette Dozeville est aussi une affaire de plaisir. Figure-clé pour les féministes, Lilith incarne l’anti-Ève. Précurseure, Lilith est donnée pour étant l’égale d’Adam. Un peu trop égale, un peu trop libre, elle finit effacée et remplacée par une créature plus docile. Un morceau de côte baptisé Ève. Emblème, Lilith galvanise les luttes pour la parité. « Il y a eu un temps où tu n’as pas été esclave, souviens-toi. » L’exergue de la pièce vient des Guérillères (1969) de Monique Wittig.

Une performance chorégraphique engagée, pour un corps érotico-politique

« Tu t’en vas seule, pleine de rire, tu te baignes le ventre nu. Tu dis que tu as perdu la mémoire, souviens-toi. Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente. » Femme libre, toujours tu chériras ton corps, tel pourrait être l’autre message de la pièce. Moment de sensualité assumée, souci de soi, Là, se délasse Lilith… met en lumière un corps libre. Un corps qui énonce ses propres règles du jeu. Jeu érotique, jeu politique… L’idéal passif du corps docile vole ainsi en éclats. Comme les paillettes noires qui jonchent la scène. Par la danse, Marinette Dozeville déracine les préjugés qui entravent le mouvement. Elle arpente l’espace, sensuelle et primale. Une déconstruction-reconstruction accompagnée en live par Uriel Barthelemi, jouant une musique percussive, endiablée. Comme a pu l’être la figure de Lilith. Guerrière, entreprenante, dynamique, survoltée, habitée par elle-même, Là, se délasse Lilith… déborde d’une énergie communicative.

À retrouver au Générateur pendant le festival Faits d’Hiver, en soirée double spectacle avec la performance h o m (2018), de Benoît Canteteau (Groupe Fluo).