DANSE | SPECTACLE

Deux Mille Dix Sept

06 Déc - 09 Déc 2017

Avec Deux Mille Dix Sept, la chorégraphe Maguy Marin présente une pièce engagée et militante, profondément ancrée dans son contexte socio-économique. En prise directe avec les tumultes actuels, Deux Mille Dix Sept mobilise dix danseurs pour une exploration consciente des mécanismes de l'aliénation. Inertie, soumission, humiliation, rapports de force complètement déséquilibrés : Maguy Marin scrute la gestuelle de l'oppression.

Dix interprètes et une scène. Sur laquelle la chorégraphe et metteuse en scène Maguy Marin convoque le monde. Deux Mille Dix Sept, la nouvelle pièce chorégraphique de Maguy Marin, est une œuvre engagée. Sur scène, des stèles cubiques entravent les déplacements. Monolithes ou pierres tombales, chaque stèle porte le nom d’un pays ou d’une personne. En capitales noires sur fond blanc. Uruguay, Ghana, Jules, Kiribati, Pedro, Malawi, Belize, Salomon… Autant d’entités broyées par le fonctionnement capitaliste néolibéral. Violence symbolique et réelle, Deux Mille Dix Sept dresse ainsi l’état des lieux d’une société humaine malade de ses déséquilibres. Banquiers sadiques omnipotents ; serveuses exploitées jusqu’à l’anéantissement… Une nappe sonore live, de Charlie Aubry (avec qui Maguy Marin avait déjà travaillé pour la pièce BiT), forme une onde aussi enveloppante qu’oppressante. Et Deux Mille Dix Sept déploie une mécanique laissant chacun face à la question nauséabonde : quel rôle est préférable ?

Deux Mille Dix Sept de Maguy Marin : danser contre l’aliénation contemporaine

Désossant la mécanique du monde pour mieux mettre à vif ce qui affleure sous la surface souriante, Maguy Marin donne à voir le malaise. Un portrait angoissant de la globalisation et de la redéfinition du statut d’être humain. Dans un système où la rareté définit la valeur, l’être humain n’est pas une marchandise précieuse. Comme le dit Maguy Marin pour expliquer l’impulsion de Deux Mille Dix Sept : « mais comment est-ce possible ? Qu’est-ce qui se passe ? Cela fait des années que nous voyons qu’il y a quelque chose qui déraille, sans vraiment comprendre, ou plutôt, nous comprenons vaguement et nous en contentons ». Et face à l’hystérie agressive des uns ou l’hébétude résignée des autres, Maguy Marin crée. La production réflexive et créative comme antidote à la fascination horrifiée. Aller au bout d’une vision de cauchemar pour mieux se réveiller et se mouvoir.

Inertie et passivité : la danse contemporaine comme réappropriation du mouvement

Avec Deux Mille Dix Sept, les danseurs endossent les rôles maudits. L’aliénation et l’exploitation laborieuse, le corps malade qu’il s’agit de laver, l’impuissance à protéger, soi-même ou les autres… Et quelques membres de l’élite comme donneurs d’ordre sadiques. Transformant la soumission en spectacle de l’absurde, Maguy Marin livre une étincelle à saisir. La danse comme réflexion fondamentale sur l’inertie. Quand l’immobilité est une notion abstraite, qui physiquement n’existe pas, l’inertie devient une forme de mouvement complètement passif et subi. Avec Deux Mille Dix Sept, Maguy Marin décortique les mouvements collectifs et individuels, les gestuelles de l’épuisement, de la soumission, de l’impuissance. Presque un herbier du vocabulaire des gestes de l’écrasement. Pour mieux aller au bout de la passivité et en apercevoir les limites actives. Une pièce militante, portée par une chorégraphe talentueuse : Deux Mille Dix Sept injecte ainsi de la solidarité dans le cauchemar individuel.