DANSE | SPECTACLE

Temps d’Aimer | Horses

14 Sep - 14 Sep 2018

Spectacle de danse intergénérationnel, Horses, de  Kabinet K (Joke Laureyns et Kwint Manshoven) mobilise dix interprètes. Cinq enfants et cinq adultes. De portés en lancers, Horses explore, par la danse et la musique, la construction des rapports de confiance.

Pièce chorégraphique pour dix interprètes, cinq enfants et cinq adultes, Horses, de la compagnie belge Kabinet K (Joke Laureyns et Kwint Manshoven), met en scène la confiance. Les deux dernières décennies, notamment en Europe, ont régulièrement été rythmées par des affaires de pédophilie. Un climat de hantise et une certaine crispation accompagnent les images de contact physique entre adultes et enfants. Dans ce contexte de représentation assez chargé, la pièce chorégraphique Horses, proche de la voltige acrobatique, montre la possibilité d’une confiance réciproque. Avec poésie et légèreté, les portés s’enchaînent, sur les musiques live de Thomas Devos et Bertel Schollaert (guitare et saxophone). Confiance du contact humain et de la transmission, de sa possibilité, Horses déploie une ronde chorégraphique intergénérationnelle. Du dressage à la transmission, de la colonisation à l’échange, Horses cultive un autre régime de communication entre les âges.

Horses de Kabinet K (Joke Laureyns et Kwint Manshoven) : un relai intergénérationnel

Métaphore du rapport entre le cavalier et sa monture, Horses (2016) explore la construction de la confiance. Loin du rapport de force dominant-dominé — rapport assez pauvre —, Horses laisse la place à la réciprocité. Sur scène, la pièce s’ouvre dans la division. Cinq enfants (de neuf à quatorze ans) et cinq adultes (trois danseurs et deux musiciens), s’observent avec une certaine méfiance. Mais la suspicion, à travers la danse, cède progressivement face à la nécessité d’une relation de confiance. Les portés et lancers, quel que soit l’âge, impliquent des appuis mutuels. Au fil de la pièce, les liens se tissent, se renforcent. Les corps se lancent, et se rattrapent effectivement. Poésie du relai intergénérationnel, Horses fonctionne comme une invite à l’écoute et au respect mutuel Qui dompte qui ? Qui apprivoise qui ? Pièce intuitive et chaleureuse, Horses conjure la violence hiérarchique.

La danse comme mode de socialisation et ritualisation du contact humain

Parlant de la pièce, les danseurs enfants — Jitte Schoukens, Mona De Broe, Lio Maelfeyt, Judith Ginvert, Suza De Gryse / Louisa Vermeire — mettent en avant la construction du vivre ensemble. Là où les danseurs adultes — Jacob Ingram-Dodd / Miguel do Vale, Evelyne Rossie, Kwint Manshoven — soulignent le naturel et la fluidité des contacts. Histoire de rencontres où le respect et la gentillesse priment dans la construction des liens, Horses explore aussi la manière dont s’acquiert le statut de personne. Toujours dans le rapport à l’autre, et généralement sous la forme d’une transmission. De celui qui est déjà considéré comme une personne, vers celui qui, par cette transmission, en devient une. Socialisation par la gestuelle et la danse, Horses donne à voir une forme possible de construction sociale. Sans reléguer le contact physique au rang de contingence, voire d’élément (donné pour) inexistant, pour mieux, au contraire, le danser et ritualiser.