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Holger Trülzsch, Hommage à Rodchenko

23 Sep - 24 Sep 2017
Vernissage le 23 Sep 2017

Holger Trülzsch fait partie de ces peintres et sculpteurs dont l’œuvre s’est, dès les années 1980, nourrie de la photo. Son « Hommage à Rodchenko » est, avec les moyens de la photo, empreint d’histoire et de théorie de l’art, d’esthétique, de politique, et… d’une grande sensibilité.

Il y avait alors des temps différents pour toi, celui de la prise de vue, celui dans ton labo pour le développement des films et des images…
Holger Trülzsch. Aujourd’hui dans ces images, je ressens le temps passé à les faire, les développer, les manipuler…, leur apparition lente dans le bain de développement…, la sédimentation des sels d’argent ; dans mon labo, chaque image trouvait sa forme. Adorno dit à propos de la forme qu’elle est la sédimentation du contenu.
Pour les prises de vue de cette série, j’ai utilisé des pellicules 25 ASA, puis j’ai tiré les images sur le Portriga- Rapid d’Afga, un papier baryté émulsionné au chlorobromure d’argent que je faisais venir des États-Unis, car ce papier riche en sels d’argent n’était plus fabriqué en Europe dès la fin des années 80.

Que représente la photographie pour toi qui vient de la peinture et de la sculpture et qui, depuis une dizaine d’années, est revenu à ces pratiques ?
Holger Trülzsch. La photographie argentique était pour moi un outil de vision, et pas seulement pour faire de belles images. J’utilisais la photographie argentique comme moyen d’étude et d’expérience. Maintenant, j’utilise l’image numérique en rapport avec la peinture, je fais notamment des peintures pour en faire des photographie, mais ça c’est une autre histoire.

Dans tes réalisations actuelles, quel est ton rapport au temps ?
Holger Trülzsch. Actuellement comme avant, le temps est pour moi perceptible en relation avec une expérience, une expérimentation, un processus. La condensation et l’accélération de l’espace et du temps dans lequel nous vivons n’y change pas grand-chose.

Pourquoi avoir choisi comme titre de cette série photographique « Hommage à Rodtchenko » ?
Holger Trülzsch. Dans le contexte de la Russie soviétique de 1928, la publication par Rodtchenko d’une de ses photographies de pins de la forêt de Pouchkine donna lieu à une violente et longue polémique. Il fut accusé de plagier l’esthétisme et les expériences occidentales, de trahir le contenu révolutionnaire au profit de considérations purement formelles de l’art. Ces accusations inspirées par la conception réaliste socialiste du rôle de l’art dans la propagande soviétique équivalaient à un discrédit politique… Elles font partie de l’histoire. Mais ce qui reste aujourd’hui pertinent, c’est cette réponse que Rodtchenko fera en 1928 dans la revue Novyï Lef  (n° 11): « Tous les cercles photographiques savent ‘quoi’ photographier mais très peu savent ‘comment’ photographier ».
Dans les années 80, j’ai cherché à restituer, avec la matérialité de la photographie argentique, la beauté de ces arbres en proposant une réponse contemporaine à l’esthétique de la série des pins de Rodtchenko ; les images de cette série étant pour moi des réflexions, des études sur la continuation et la transformation d’un langage artistique en l’occurrence celui de la tradition moderniste des années vingt.