DANSE | SPECTACLE

Le bain

29 Mar - 31 Mar 2018

La chorégraphe Gaëlle Bourges plonge régulièrement dans la peinture de la Renaissance pour porter sur le plateau des scènes dont elle dépoussière couleurs et significations. Avec Le bain, elle livre une performance jeune public, qui se penche sur un classique de la représentation : la baignade.

La chorégraphe Gaëlle Bourges entretient des liens serrés avec la peinture renaissante. Ses spectacles plongent régulièrement dans des tableaux pour les secouer. Avec elle, ce ne sont plus de jolies peintures décoratives reléguées au musée : Gaëlle Bourges les recharge en vitalité. De cette force qu’avait la peinture avant l’invention de la photographie ou du journal. À l’époque où les messages (politiques, religieux, philosophiques, judiciaires, culturels…) passaient par la peinture. À l’époque où, contrairement au livre, la peinture était un média de masse et les campagnes de publicité passaient par la commande picturale. Avec Le bain, Gaëlle Bourges présente ainsi une pièce chorégraphique pour trois performeuses — Helen Heraud, Noémie Makota, Julie Vuoso. Performance jeune public (et adultes), le spectacle s’articule autour de deux tableaux : Suzanne au bain, du Tintoret (vers 1550) et Diane au bain, d’après François Clouet, par l’École de Fontainebleau (seconde moitié du 16e siècle).

Le bain de Gaëlle Bourges : une plongée vitaminée dans la peinture du 16e siècle

Sur des sonorités parcourant les siècles, Le bain conjugue voix, récits, chants et textures musicales. L’électro minimale de Stéphane Monteiro (alias XtroniK) y rencontre la musique impressionniste de Maurice Ravel (Daphnis et Chloé et Pièce en forme de Habanera). Pour mieux glisser dans la ritournelle flutée d’À la claire fontaine. Ou se laisser porter par les chants conjoints et pianotés de Gaëlle Bourges, Helen Heraud, Noémie Makota, Julie Vuoso. Avec la lecture d’extraits de l’Actéon d’Ovide, dans Les Métamorphoses. Autant de fils qui permettent de retrouver la trame de ces peintures, pour en saisir l’actif. Sur scène, les trois interprètes déploient poupées, lapins, jeux d’eau, grenouilles, tête de cerf, accessoires de toilettes et vieillards… Réinterprétant ainsi les deux grandes histoires rapportées par ces deux peintures de référence. L’histoire du mythe d’Actéon d’une part, et celle du récit biblique de Suzanne au bain d’autre part.

Un spectacle jeune public, pour démêler les liens entre pouvoir, corps et regards

Récits maintes fois repris et transmis, avec eux Gaëlle Bourges entraine ses publics (dès 6 ans) dans le treillis de la représentation des corps. Un périple à grandes enjambées, dans la forêt touffue de l’histoire de l’art. D’un côté, le mythe du chasseur Actéon, qui, pour avoir involontairement été témoin du bain et de la nudité de la déesse chasseresse Artémis-Diane, s’en trouva métamorphosé en cerf. Pour mieux, privé de la parole, finir dévoré par ses propres chiens. Et de l’autre, l’histoire de Suzanne (Livre de Daniel), qui, ayant refusé les avances de deux vieillards l’ayant surprise lors de son bain, s’en trouva accusée d’adultère. Une accusation fallacieuse réfutée par Daniel. Et jouant sur ces deux tableaux, Le bain de Gaëlle Bourges plonge ainsi dans le rapport à la visibilité. Entre convoitise, punition, réification (objectification) et réappropriation consciente.