ART | INTERVIEW

François Olislaeger

En boîte, en boom, au bal ou à la fête de l’école, qui n’a pas dansé? Pour cueillir au vol cette mémoire éphémère de la danse, Mathilde Monnier réunit des castings d’hommes et de femmes n’ayant aucune expérience de la scène et fait –après quelques gammes d’envergure– scène commune avec le dessinateur François Olislaeger.

Pourquoi avez-vous eu envie de faire une B.D. autour de Mathilde Monnier? Est-ce la femme ou la chorégraphe qui vous a d’abord intéressé?
François Olislaeger. Ce qui m’a intéressé d’abord, c’est le travail de chorégraphie. Puis la chorégraphe. Et au fil des conversations, en se connaissant mieux, on s’est vite aperçu que travail et vie étaient tellement liés que je me suis intéressé à la femme.

Qu’est-ce que pour vous, la danse, et qu’est-ce que vous vouliez faire passer d’abord par votre dessin?
François Olislaeger. Pour moi la danse c’est le temps du corps dans l’espace. Et ce qui m’intéressait était la représentation de l’espace comme acteur, comme personnage à part entière, qui lie les histoires, apporte sa sensibilité, parle du rapport entre les personnes représentées. Dans le livre, vous pouvez voir qu’à chaque nouvelle conversation dans le studio, la vue du studio change. On se rapproche des personnages, et on descend vers le sol. C’est passer par la représentation de l’espace pour dire un rapport entre deux personnes et donner au lecteur la sensation de connaître mieux le sujet, de s’en approcher, l’air de rien.

Comment avez-vous abordé la question du mouvement, car dessiner le mouvement ne semble pas la chose la plus aisée. Avez-vous joué sur les lignes, les couleurs, le déroulé des actions?
François Olislaeger. Il s’agissait en effet de comprendre comment le mouvement pouvait apparaître au lecteur, mais surtout comment le séquençage du temps pouvait trouver sa propre résolution en bande dessinée. Après avoir essayé plusieurs méthodes de mise en forme (chaque spectacle a une conception différente dans sa représentation), je me suis rendu compte qu’en considérant la page ou la double page comme une cage de scène, on pouvait rejouer ce que l’œil du spectateur vit au théâtre. En dessinant plusieurs scènes dans la même scène, en suivant un danseur sur une trajectoire, en focalisant sur un visage, ce qui provoquait le mouvement était en réalité le regard du lecteur. Son œil crée le mouvement.

Vous avez traduit l’univers de Mathilde Monnier en dessins et maintenant s’agit-il pour vous de repasser du dessin à la scène ? Comment allez-vous travailler ce passage du dessin à la scène?
François Olislaeger. Pour la scène, l’enjeu est tout à fait différent. La présence du dessin équivaut à celle d’un danseur, d’une personne sur le plateau. Il ne faut pas que le dispositif (un écran gigantesque en fond de scène) soit écrasant. Le dessin arrive par petites touches, de sorte qu’on a le choix entre suivre le dessin en train de se faire, à son rythme, ou de suivre les amateurs évoluant sur le plateau, à leur rythme. Ce qui m’intéresse c’est cette conversation entre le temps de réalisation du dessin (le mouvement du trait) et le temps de réalisation du mouvement des amateurs sur le plateau.

Dans vos pages, la couleur a parfois beaucoup d’importance. Allez-vous l’utiliser aussi sur la scène?

François Olislaeger. Pour ce spectacle, nous avons choisi de rester le plus proche possible de l’esthétique du carnet de croquis. Ne pas chercher les effets, ne pas chercher à être esthétisant mais plutôt fonctionnel. On pourrait presque oublier le dessin pour suivre une voix, qui utilise le dessin pour s’exprimer. Comme un danseur utilise le langage du corps.

Propos recueillis par Stéphane Bouquet —juin 2013
Avec l’aimable collaboration du Théâtre de la cité internationale