DANSE | SPECTACLE

Nass (Les gens)

08 Avr - 08 Avr 2018

Cultivant les passerelles, le chorégraphe Fouad Boussouf présente Nass (les gens). Une pièce chorégraphique pour sept danseurs, sept transeurs masculins, portés par des rythmes et mouvements touchant à l'universalité des dynamiques de groupe. Entre transe gnaoua, hip-hop et électro pulsée.

Pont suspendu entre les cultures, la pièce chorégraphique Nass (Les gens) entrelace les influences de son chorégraphe, Fouad Boussouf (Cie Massala). Danses populaires nord-africaines, transe gnaoua, hip-hop, danses urbaines, danses contemporaine et jazz, cirque actuel… La curiosité est ici gage de métissages créatifs. Pour un spectacle conçu avec sept danseurs, sept hommes ayant tous en commun des formations aussi diversifiées que pointues. Du ballet classique au kung-fu en passant par le hip-hop et l’acrobatie. Chacun démultipliant ainsi les influences, pour mieux créer un équilibre entre les forces. Attachant son travail à ce qu’il y a de commun et de vitalité, Fouad Boussouf compose des œuvres en quête d’universel. Un choix qui, pour Nass, passe notamment par la musique : une ambient électro pulsée, composée par le designer sonore Roman Bestion. Tandis que sur une scène sans décor, les sept danseurs sont habillés de façon identique, à l’exception des coloris vestimentaires.

Nass (Les gens) de Fouad Boussouf : une pièce pour sept transeurs

Pièce pour sept ‘transeurs’, Nass (ou plutôt Näss, les gens, en arabe) plonge dans le mouvement des corps. Une immersion qui fait la jonction entre les deux grandes ressources de Fouad Boussouf. D’une part son berceau musical et chorégraphique avec la musique populaire marocaine. D’autre part la dynamique de son adolescence avec le modern-jazz, le cirque et le hip-hop. Un grand écart que Nass vient explorer par le déplacement incessant entre les polarités, jusqu’à faire émerger une énergie commune. Sur des sons tout aussi syncrétiques, pleinement focalisés sur la texture des rythmes. Leur compositeur, Roman Bestion, ayant par ailleurs précédemment travaillé avec le groupe Ez3kiel. Musique épurée, condensée, elle offre une trame pouvant supporter toute la gamme des écritures. Pour un espace ouvrant sur la possibilité d’une autre qualité de dialogue entre le Maroc et la France. Une communication souvent grevée par la mémoire physique du passé colonial.

Nass : une dynamique de groupe, avec la danse comme vecteur de dialogues

Sur scène, Nass (Les gens) réunit ainsi un panel d’influences, aussi condensées et sensibles qu’une foule. Du côté des influences nord-africaines, Nass convoque les danses taskiouine (Haut Atlas) et reggada (Nord du Maroc), deux danses guerrières cadencées au tambour. Mais aussi l’ahidous (Moyen Atlas), une danse festive accompagnée au tambourin et battements de mains, incluant piétinements et tremblements. S’y retrouve également la trace du rituel « lila » gnaoua, une pratique transportant l’individu, de son vécu individuel à la perception du collectif. Une expérience (mystique, religieuse, sensorielle) constitutive du groupe. Mais Nass convie également échos de break et danse hip-hop, ces pratiques urbaines qui se gonflent du monde, des ghettos et centres-villes nord-américains, loin de toute ruralité. Sans oublier la rigueur rythmique du modern-jazz, ainsi que la discipline physique du cirque. Avec Nass, Fouad Boussouf signe ainsi une pièce chorégraphique fédératrice, puissante et généreuse.