DANSE | SPECTACLE

Festival de Marseille | Phoenix

26 Juin - 28 Juin 2018

Avec Phoenix, le chorégraphe Eric Minh Cuong Castaing présente une pièce transdisciplinaire, mobilisant danseurs, drones et direct avec des artistes vivant à Gaza. Jeu d'ubiquité, Phoenix questionne les interactions humains-machines et distille de la subjectivité.

Chorégraphe venu des arts visuels, Éric Minh Cuong Castaing (Cie Shonen) cultive une approche pluridisciplinaire. Ses pièces conjuguent danse et technologies (drones, robots, vidéo, humanoïdes, réalité augmentée). Sa dernière création, Phoenix, mobilise ainsi danseurs et drones. Entre jouets téléguidés et armes de guerre, ces objets volants intriguent. Curieux des aspects culturels corrélés à la création humaine, Éric Minh Cuong Castaing plonge régulièrement dans des styles de danse à forte valeur sociologique. C’est par le hip-hop qu’il entre dans la danse en 1997. Puis le butô capture son attention. Pour Phoenix, la dabkeh, danse traditionnelle arabe, se conjugue à la danse contemporaine pour donner le rythme. Et à l’aune d’un dispositif connecté en temps réel avec des artistes vivants en zone de conflit (Gaza), Phoenix engendre une communauté éphémère.

Phoenix d’Éric Minh Cuong Castaing : des danseurs, des drones et un direct avec Gaza

Sur scène, trois danseurs — parmi Jeanne Colin, Kevin Fay, Mumen Khalifa, Nans Pierson — interagissent avec des drones pilotés en temps réel. En adaptant leurs mouvements en fonction du son produit par ces machines, notamment. Tandis qu’une projection vidéo ouvre une fenêtre sur un autre espace, en direct. Sur Gaza, de l’autre coté de l’écran, avec le collectif Myuz GB Crew. Là où les drones sont une réalité permanente, en tant qu’outils de surveillance. Qu’est-ce que cela fait, au quotidien, que de vivre sous l’œil de drones ? Quels mouvements naissent de cette conscience ? Dans un livre intitulé Der Medusa-Effekt [L’effet Méduse, 2005], l’historien d’art Otto Karl Werckmeister développe la notion de surveillance technologique avec son Voir sans sujet. À savoir des dispositifs de vision (caméras, drones…) capables de voir, sans sujet de l’action. Une vision d’objet. Un video [je vois, en latin] sans ‘je’.

Les rapports entre technologies et êtres humains : danse, ubiquité et subjectivité

Oiseau mythique renaissant de ses cendres, le phénix fascine. Son nom vient du grec phoînix, rouge pourpre, associé à la Phénicie (actuel Liban) — réputée pour son commerce de tissus teints à la pourpre. Système volant capable de traverser feu et flammes, le phénix ne meurt pas. Une caractéristique qu’il partage en un sens avec les drones. Sur une musique composée par Grégoire Simon et Alexandre Bouvier, mêlant violon et musiques électroniques, Phoenix jette ainsi des ponts, dans l’espace et dans le temps. Jeu sur l’équilibre et l’attention des danseurs, le spectacle d’Éric Minh Cuong Castaing interroge une fois de plus les rapports entre humains et machines. Entre fascination ludique et abus de puissance, toute technologie comporte différentes facettes. Une pluralité ici portée sur scène sous la forme d’une troublante simultanéité. Et rendant un visage humain à l’ubiquité, Phoenix replace aussi la subjectivité au cœur de cette ronde des regards.