DANSE | SPECTACLE

Festival de Marseille | Salt

16 Juin - 17 Juin 2018

Avec Salt, le chorégraphe contemporain indonésien Eko Supriyanto livre un solo à la temporalité fluide. Plongeant dans la culture maritime indonésienne, il en rapporte une expérience tout en majestueuse lenteur. Mais en pointant l'urgence d'une sauvegarde des coraux.

Danseur et chorégraphe indonésien, Eko Supriyanto (EkosDance Company) présente son dernier solo, Salt (2017). Une pièce centrée sur l’écologie marine. Avec légèreté, Eko Supriyanto s’y fait l’écho de la part maritime de la culture javanaise. En explorant, par le mouvement, les liens entre modes de vie indonésiens et rythmes de la vie sous-marine. De la tradition au capitalisme accru, Salt [Sel] prolonge ainsi la démarche de Cry Jailolo (2014). Avec sept jeunes danseurs non-professionnels, Eko Supriyanto y pointait déjà la destruction de la barrière de corail. Un travail chorégraphique issu d’une recherche de deux ans, menée en compagnie de membres de la communauté de la baie de Jailolo, dans les Moluques. Haut lieu de plongée touristique et de pêche industrielle — avec un récif corallien plus que menacé. En solo cette fois, Salt déploie une poésie océanique, attentives aux rythmes. Tel celui, lent et majestueux, de la raie manta.

Salt d’Eko Supriyanto : une plongée chorégraphique dans l’océan

Danseur et chorégraphe contemporain, Eko Supriyanto cultive les pratiques. Celle des danses traditionnelles (danses de cour javanaises) et celle du Pencak Silat (art martial javanais). À ces deux arts du mouvement il joint également des expériences de plongée sous-marine et une appropriation de la manière agricole traditionnelle d’entailler le sol. Par dessus tout, Eko Supriyanto envisage la danse comme un voyage, une occasion de partage. D’abord torse nu et vêtu d’une sorte de jupe mousseuse blanche, ses mouvements font tour à tour naître des images de rituels et des danses de méduses. Dans une lumière intimiste, sur un plateau dénudé, la musique du compositeur Dimawan Krisnowo Adji réchauffe la scène. Légère et fluide, les sonorités accompagnent Eko Supriyanto dans son processus de transmission et transformation. Se dépouillant des strates de tulle, il incorpore le sel dans sa chorégraphie. Cette poudre blanche, aussi brillante que volatile.

Un solo sensible : la vie sous-marine, entre beauté et extinction des récifs coralliens

Syncrétique, Eko Supriyanto conjugue les héritages au sein de sa pratique du mouvement. Avec bienveillance, il déploie une danse des profondeurs. La pièce Salt rend ainsi sensible l’expérience océanique, dans sa sensualité enveloppante. Et parfois un peu inquiétante. Ballet de créatures et de rencontres… Moment de solitude où ne résonnent que les battements de cœur et le bruissement des bulles… Il y a plus à préserver et percevoir dans la vie sous-marine que le seul stock de poissons panés du rayon surgelés. Il y a un monde, un univers, habité et à habiter, avec ses rythmes, ses textures, ses sensations, ses logiques de déplacement. Et retranscrivant cette dynamique propre au mouvement aquatique (notamment conditionnée par le degré de salinité), Salt transmet le désir optimiste de préserver la beauté d’un monde encore largement inconnu.