DANSE | SPECTACLE

Art Danse | Blow The Bloody Doors Off!

24 Jan - 24 Jan 2019

Pièce pour  huit danseurs et sept musiciens, Blow The Bloody Doors Off!, de Catherine Diverrès, a de quoi tenir en haleine. Comme les films d'action des années 1970. Sauf qu'ici les courses-poursuites de voitures sont plutôt des enchaînements et collisions de mouvements et notes.

En 2013, le compositeur Jean-Luc Guionnet compose la pièce Distances ouïes-dire. Il la compose pour l’Ensemble Dedalus et pour le lieu dans lequel elle est destinée à être jouée : Le Consortium, à Dijon. Soit une nouvelle architecture, conçue par Shigeru Ban. La pièce avait alors pour sous-titre « Une orchestration de l’espace pour une procession des idées ». La chorégraphe Catherine Diverrès travaille avec Jean-Luc Guionnet et le compositeur et batteur japonais Seijiro Murayama depuis 2006 (Alla Prima). Avec au moins six créations communes à leur actif, Catherine Diverrès, Jean-Luc Guionnet et Seijiro Murayama ont développé une synergie créative prégnante. Pour autant, Catherine Diverrès met un point d’honneur à ne pas plier la chorégraphie à la musique. Avec elle, les compositions sonores s’adaptent aux exigences de la danse, à la logique des mouvements, et non l’inverse. Mais une fois n’est pas coutume, Blow The Bloody Doors Off! (2016) renverse les choses.

Blow The Bloody Doors Off! de Catherine Diverrès : une danse renversée et renversante

Lorsque Catherine Diverrès choisit de faire primer la danse sur la musique, elle choisit de faire primer la logique spatiale sur celle du temps. Ce qui peut prendre des allures d’exercice contre-intuitif. Pièce pour huit danseurs et sept musiciens, Blow The Bloody Doors Off! [Enfonce ces putains de portes !] renverse ainsi l’ordre des choses. Catherine Diverrès a demandé à Jean-Luc Guionnet de composer un concerto contemporain pour le percussionniste Seijiro Murayama et l’Ensemble Dedalus. Pièce renversée et renversante, Blow The Bloody Doors Off! tire ainsi son titre d’une réplique de l’acteur Michael Caine. Dans le film d’action L’or se barre (de Peter Collinson, 1969). Entre humour et élégance un peu grinçante, électrique, la pièce fait ainsi retour sur une forme de simplicité. Pose la question de l’immédiateté. Comme un retour à l’enfance, qui serait capable d’autoriser, ou de susciter une forme de spontanéité.

Sur le fil : la chorégraphie et la musique, entre improvisation et précision d’horlogerie

Condensé d’énergie, slalom entre les improvisations des musiciens jouant en live sur scène, Blow The Bloody Doors Off! tourbillonne. Comme ces courses-poursuites hypnotiques, dans les films d’action des années 1960-1970. Sorte de réaction en chaîne ne connaissant aucun répit, la chorégraphie déploie un paysage sur le fil. Où les choses sont toujours en passe de basculer. Engrenage de mouvements millimétrés, Catherine Diverrès sculpte ainsi un spectacle précis comme une pièce d’horlogerie. « You’re only supposed to blow the bloody doors off! » [T’étais juste censé faire sauter ces putains de portes !] Dans le film, le véhicule qui était censé n’avoir que ses portes d’ouvertes, part finalement en miettes dans une gigantesque explosion. Somme toute, l’évaluation de la précision n’est qu’affaire de sensibilité. Spectacle vibrant, Blow The Bloody Doors Off! ne laisse ainsi rien au hasard. Sur fond d’intranquillité, avec Fernando Pessoa, l’autre figure inscrite en filigrane de la pièce.