DANSE | SPECTACLE

Kalypso | Inoah

13 Nov - 13 Nov 2018

Quand le hip-hop devient virtuose au point de défier la gravité, il envoûte par ce qu'il produit. Avec Inoah, le chorégraphe brésilien Bruno Beltrão livre une pièce où les danseurs enchaînent des mouvements qui, pour certains, paraissent même hors de portée humaine.

Chorégraphe contemporain brésilien, Bruno Beltrão travaille la danse urbaine depuis 1996. Avec sa compagnie, Grupo de Rua, il compose des pièces qui investissent l’instant. Création pour dix danseurs, Inoah (2017) tire son titre du nom d’un lieu. Soit Inoã, une ville brésilienne côtière, proche de Marica, dans le voisinage de Niterói — ville natale de Bruno Beltrão. Cherchant un lieu pour danser, dans la ville très prisée de Niterói, et n’en trouvant pas d’abordable, Bruno Beltrão et le Grupo de Rua ont opté pour un bel espace dans Inoã, à une trentaine de kilomètres de Rio de Janeiro. En langue tupi, inoã signifie tout à la fois ‘herbes hautes’, ‘champs élevés’ et ‘rétrécir’. En raison du caractère montagneux du lieu — la Serra da Tiririca. Imprégnée de cet espace, la pièce Inoah déploie une danse hip-hop à la fois calme, maîtrisée, mais sans répit. Tout en bonds et rebonds.

Inoah de Bruno Beltrão (Grupo de Rua) : un hip-hop virtuose et délocalisé

Pendant six mois, Bruno Beltrão et le Grupo de Rua sont restés en résidence de création à Inoã. Dans un large espace clos, à l’exception de fenêtres donnant sur une vue composée de maisons, de montagnes, et d’une antenne de télécommunication. Également agrémentée de fils électriques emmêlés. Vision vaguement anxiogène, électrisante, Inoah reflète la question de savoir quelle communication la danse hip-hop entretient avec le monde. Sur une scène dépouillée, les danseurs d’Inoah déploient ainsi une danse elle aussi sous tension. Il y a presque quelque chose du poisson hors de l’eau dans les soubresauts des danseurs, capables de tomber et se relever dans une contorsion. Dans des rebonds presque inhumains, à force d’être d’une souplesse médusante. Et formant des constellations variables, les danseurs hypnotisent le regard. Du hip-hop, Bruno Beltrão développe cette tendance au renversement. Chaque partie du corps pouvant devenir point d’appui potentiel, y compris la tête.

Défier la gravité par le rebond : dix danseurs, comme des poissons dans l’air

Interprété par dix danseurs virtuoses — Bruno Duarte, Cleidson De Almeida, Douglas Santos, Igor Martins, Joao Chataignier, Leandro Gomes, Leonardo Laureano, Alci Junior Kpuê, Ronielson Araujo, Sid Yon —, Inoah reflète une forme de lutte chorégraphique. L’urgence et la rapidité donnent le rythme. Hormis le titre, localisé, Inoah existe dans son propre présent. Le hip-hop de Bruno Beltrão ne se revendique pas comme culture exclusive. Vecteur d’énergie plus que tentation hégémonique, Inoah vibre plutôt en temps réel. Et sur une composition sonore de Felipe Storino, les danseurs défient la gravité. Il y a la marche : ce moment où l’être humain relève la tête. Et puis il y a Inoah : un spectacle où l’humain marche sur la tête, sur le flanc, en tombant, en sautant. Toujours preste, non pas à se relever, mais à continuer d’avancer. Une pièce à retrouver durant le festival Kalypso 2018.