DANSE | SPECTACLE

Rush

31 Jan - 01 Fév 2019

Être dans le rush, dans le rouge... Slalomer aux heures de pointe comme dans un jeu vidéo... Vivre sur la brèche, dans l'urgence... La vie urbaine impose aussi son propre rythme. Une dynamique qu'explore le chorégraphe Ashley Chen, avec le duo Rush. Une course sans répit et magnétique.

Avec la vie urbaine vient un nouveau temps de vie : celui du rush. Ce moment où le flux se condense, où l’adrénaline monte. Duo pour deux danseurs, la pièce Rush (2019), du chorégraphe Ashley Chen (Cie Kashyl), plonge dans cette texture sensible. Avec deux danseurs — Ashley Chen et Julien Monty — qui courent, courent, courent. Ils courent ensemble, séparément, l’un après l’autre… Ils se heurtent, se détestent, s’évitent, se cherchent, se frôlent, se toisent. Mais toujours en mouvement. Urgence, pic de fréquentation, heure de pointe… Le rush, c’est cette montée qui s’empare de celui ou celle qui va monter sur scène ou doit boucler un dossier avant la deadline. Mais c’est aussi un moment de saturation collective. Explorant la tension physique, Ashley Chen livre une chorégraphie haletante, sur une composition sonore orchestrée par Pierre Le Bourgeois (Animaux Vivants). Une immersion dans la forêt urbaine : ultra-seuls dans la foule.

Rush d’Ashley Chen : un duo chorégraphique en forme de course effrénée

« Magna civitas, magna solitudo » [grandes villes, grande solitude], disait déjà l’adage latin, repris par le philosophe Francis Bacon. Paradoxe d’une promiscuité sans proximité, la saturation urbaine génère de fait ses propres codes de circulation. Souvent implicites, ils s’exacerbent alors aux heures de pointe, dans le rush. Faut-il se placer à droite ou à gauche dans un escalator ? Où marcher sur un trottoir ? Quand monter dans la rame d’un métro ? Faut-il rester debout ? Où ne faut-il jamais s’arrêter ? À qui demander son chemin dans une foule de gens rapides — qui ne fait que suivre la cadence ; qui est plutôt en retard ? Comment signifier la disponibilité ou l’indisponibilité ? Marcher à quel rythme ? Que faire de ses bras ? De son visage ? Qui regarder ? Que faire de son regard dans un espace bondé et remplis de miroirs ? Cette vaste économie corporelle, la pièce Rush en fait son matériau brut.

La danse comme échappatoire : décryptage des  codes de circulation urbaine

Course contre la montre, ou course qui crée de la temporalité, Rush embarque ainsi les publics dans sa précipitation. Une exploration assidue des comportements quotidiens, par un chorégraphe attentif aux flux. Avec Unisson (2018), Ashley Chen avait déjà scruté l’épuisement, le collectif, les dynamiques de convergence. Sur une composition sonore live de Pierre Le Bourgeois. Pièce non plus pour sept, mais deux danseurs, Rush resserre la focale sur le rapport entre deux personnes. Comme deux particules qui se frottent, se chargent, se déchargent, se repoussent et s’attirent, en constante vibration. Sans autre échappatoire physique que le rapport à l’autre. Dans son essai Éloge de la fuite (1976), Henri Laborit rapportait une expérience avec des rats. Torturés et empêchés de fuir, ceux-ci régulaient alors leur stress en se battant. Et pourquoi ne pas danser à la place ? Symbolisation chorégraphique, dépense énergétique physique : avec Rush, Ashley Chen livrera un duo intensément urbain.