DANSE | SPECTACLE

Biennale de la Danse de Lyon | Pour un non pour un oui

15 Sep - 16 Sep 2018

L'âge des danseurs est-il encore un impensé de la danse ? Si elle accueille de plus en plus d'enfants sur ses plateaux, quid des 'seniors' ? Avec Pour un non pour un oui, le Groupe Lifting et la chorégraphe Anne Martin livrent une pièce dansée par vingt-trois femmes de plus de soixante ans.

La danse et l’âge. Classique, elle éludait simplement la question — passé le trentième tour de soleil, point de salut. Moderne, elle recyclait souvent ses danseurs en chorégraphes ; faisant de ces derniers des sortes de papillons, par rapport au danseur-chenille. Et c’est avec la danse contemporaine, dans l’époque la plus récente, que les corps des danseurs ont commencé à devenir singuliers. En taille, poids, âge, vélocité… La danse contemporaine ne s’attache plus tant à la définition du beau mouvement typique, qu’à l’infinité des variations possibles. La plasticité, plutôt que le canon. C’est dans cette veine que la pièce chorégraphique Pour un non pour un oui (2018), d’Anne Martin et du Groupe Lifting, trouve sa pleine saveur. En tant que création pour vingt-trois interprètes, vingt-trois danseuses de plus de soixante ans. Soit une manière, aussi, pour la chorégraphe Anne Martin, de rendre hommage à la chorégraphe Pina Bausch (1940-2009).

Pour un non pour un oui d’Anne Martin et du Groupe Lifting : danser après soixante ans

C’est en tant que danseuse du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch (de 1979 à 1991) qu’Anne Martin s’est frottée à la chorégraphe allemande. De cette transmission féconde, Anne Martin retient notamment le travail de dépouillement. La richesse et la beauté chorégraphiques étant à aller puiser au fond de la personne même des danseurs. Mais en amont de Pour un non pour un oui, se trouve encore une autre impulsion. Celle de la Comédie de Clermont-Ferrand (Scène Nationale). En 2015, la Comédie initie un projet atypique : constituer une compagnie de danseuses seniors. Ainsi naît le Groupe Lifting, composé d’une vingtaine de danseuses amatrices (dans les débuts). La pièce Pour un non pour un oui est leur troisième co-création. Après Milène Duhameau et Jean-Claude Gallotta, c’est avec la chorégraphe Anne Martin que la compagnie danse. Parcours de vie, chacune des danseuses est riche d’une profusion d’expériences capables de modeler les corps, les gestes.

Une chorégraphie nourrie de tendresse et de gestes habités : entre poésie et séduction

La pièce Pour un non pour un oui s’est co-créée au fil d’un dialogue entre les danseuses du Groupe Lifting et la chorégraphe Anne Martin. De questions en réponses, au plus proche des vécus de chacune. Pieds nus, habillées de manière ordinaire mais colorée, dans une atmosphère simple et chaleureuse, le plateau est empli de la présence des danseuses. Le spectacle Pour un non pour un oui détrame ainsi les petits morceaux de vie. Gestes du quotidien, gestes de tendresse : la chorégraphie s’élabore et se conjugue au présent. Pétillante, dans un moment de cacophonie, l’une des danseuses s’élance et s’empare du micro : « Je ne peux pas dire ‘fière’. Fière de quoi ? Immédiatement j’ai tendance à ne penser qu’aux choses dont je ne suis pas fière. » Sans fierté, ni honte, mais avec justesse, la pièce transmet effectivement son énergie de vie — sans s’en départir. Une séduction tout en douceur.