ÉCHOS
01 Jan 2002

2003.02.10. Sevran: Je et Nous — Campement Urbain

Le projet Je et Nous: un dispositif artistique sous la responsabilité des habitants. Proposé par l’artiste Sylvie Blocher et le collectif Campement Urbain pour la ville de Sevran, en collaboration avec les habitants du quartier des Beaudottes, a reçu le prix de la Fondation Evens et est actuellement en cours de réalisation.

Description du projet
Texte par la Fondation Evens

Dans nombre de métropoles, l’appartenance communautaire et la reconnaissance par la communauté, sont les conditions d’une existence durable. Conditions exacerbées dans les quartiers dits «difficiles», impliquant comportements similaires, modèles uniques et conformisme. Cette soumission des comportements pèse sur la singularité des conduites et sur les choix de vie. L’acceptation de modèles unifiant s’affronte aux besoins de sa propre destinée. Toutes tentatives de distinction créent du rejet, de l’ostracisme et de l’exclusion. Ce que l’on peut appeler une solitude de conséquence, et non d’expérience devient le processus d’extinction du «Je» par le «Nous».

> Enjeu du dispositif artistique
Campement Urbain propose de produire dans un espace de grande tension urbaine un lieu singulier à la disposition de tous, et sous la protection de tous.
Un lieu inutile, extrêmement fragile et non-productif. Un lieu pour soi, mais commun à tous. Un lieu ouvert à chacun pour s’abstraire de la communauté sous la protection de la communauté. Un lieu de fréquentation «à une place» pour expérimenter les attraits de la solitude. Un lieu du rien, où l’on est avec soi, où l’on peut penser à soi, en soi. Un lieu spirituel hors du religieux.
Le recueillement d’un «Je» possible dans le «Nous»: un nouvel espace public.

> Lieu du dispositif: Sevran, quartier des Beaudottes
Situé en Seine-Saint-Denis, Sevran est une ville de cinquante mille habitants en deuxième couronne parisienne, sur la ligne B du RER, l’une des villes ayant eu la croissance urbaine la plus rapide de ces 30 dernières années en France.
Le quartier des Beaudottes, de construction récente (1975-1990) est construit autour de la station RER et regroupe des centaines d’habitants. Ces dernières années, la population s’est considérablement appauvrie et fragilisée, les difficultés sociales ont stigmatisé le quartier où ne réside plus qu’une population captive, souvent d’origine étrangère. Les difficultés ont culminé cet été, avec des nuits successives d’émeutes urbaines, ou véhicules, centre commercial et équipements publics ont été incendiés.
En avril 2001 une nouvelle équipe municipale de gauche, menée par un maire âgé de trente ans, a remplacé l’ancienne équipe municipale de droite. Cette nouvelle équipe, également multiculturelle, s’implique très fortement dans les quartiers difficiles et accueille favorablement le projet Campement Urbain.

> Participation: contrainte et désir d’un dispositif artistique vu comme acte social
La proposition de Campement Urbain ne peut être réalisée que si les utilisateurs potentiels, habitants du quartier, leurs représentants associatifs et politiques s’approprient, portent et gèrent au quotidien le dispositif.
Cela implique une discussion et une construction collective en termes de définition fine du projet, de sa localisation, de ses modalités de gestion et de maintenance.
Campement Urbain propose d’interpeller collectivement des groupes constitués en leur présentant le projet et ses objectifs, en insistant sur:
> La fragilité du dispositif qui ne peut être établi et perdurer que sous la responsabilité partagée et soutenue de tous et chacun.
> L’inutilité radicale du projet qui ne correspond à aucun besoin, ce qui en rend l’appropriation particulière dérisoire et l’établit comme un geste réellement gratuit, ouvert aux désirs singuliers de tous.
> Le paradoxe d’un lieu retiré, propice à l’isolement de chacun, qui soit le centre d’une attention collective.
> La possibilité pour chacun d’y expérimenter une certaine plénitude du rien.

Le projet va être présenté à la prochaine Biennale de Venise. Commissaire: Hou Hanru.

Campement Urbain
Pour ce projet, le collectif à géométrie variable Campement Urbain est composé de:
> Régis Biecher, graphiste
> Sylvie Blocher, artiste plasticienne
> François Daune, architecte urbaniste
> Josette Faidit, sociologue
> Ursula Kurz, architecte paysagiste
Campement Urbain est un groupe constitué — à géométrie variable — depuis 1999 qui prône le décloisonnement de chacun de ses membres de sa propre discipline. Conformément à ses engagements, la production de Campement Urbain résulte d’un travail «non spécialisé», où le croisement des pratiques et des savoirs (non hiérarchisés) se mêle aux apports des habitants et acteurs locaux et incite collectivement à l’expérimentation temporaire de «trésors de riens», tels de nouvelles fictions urbaines.

Prix de la Fondation Evens
> Sélection
Une culture exprime son expérience du monde par le biais de l’art. C’est ainsi qu’elle se construit une identité. D’une façon symbolique, l’art est représentatif de la globalité de cette culture. La Fondation est fondamentalement intéressée dans le rôle que peut jouer l’art dans une communauté contemporaine et encourage les initiatives alliant une dimension artistique à une forme d’émancipation sociale.

> Concours pour la réalisation d’un projet artistique
La Fondation Evens a lancé un concours fermé pour la réalisation d’un projet artistique de qualité qui se situe dans l’environnement urbain et qui présente un caractère social. Le projet doit impliquer la collaboration entre un artiste ou un collectif d’artistes et une personne d’un autre domaine de compétences et participer à la réflexion sur le rôle de l’art dans la société actuelle.
Une exposition appuyée d’un catalogue assurera la visibilité des projets nominés. Un budget libéré à cet effet sera mis à disposition pour la réalisation du projet lauréat.

> Thématiques
Sont concernés des projets artistiques ayant une dimension interactive (partage de compétences) qui privilégient des actions directes dans le tissu urbain et qui acquièrent de ce fait un caractère social. Des pratiques artistiques qui s’inscrivent dans une réflexion sur le statut de l’œuvre «publique», sur le rôle de l’art dans la société actuelle et qui ont pour substrat la relation interculturelle.
Il s’agit d’identifier des territoires «sensibles»: de les observer, d’en définir les problématiques, d’intervenir en impliquant la population en privilégiant l’aspect relationnel et de collaboration.
La Fondation invite les 20 candidats retenus à proposer un projet.
Un jury européen représentant différents champs de compétences désigne le projet lauréat.

> Le prix
Le prix consiste en deux parties :
> le projet lauréat percevra un prix d’un montant de 10 000 €
> la Fondation met à disposition un budget de 50 000 € pour la réalisation du projet lauréat.
Un catalogue et une exposition itinérante assurent la visibilité des 4 projets finalistes et du projet lauréat par le développement d’une approche théorique.

Publication
— Collectif, Community Art Collaboration 2002, Anvers, Paris : Fondation Evens, 2002.

Fondation Evens
14, rue Lincoln. Paris 8e
T. 01 56 88 20 70
F. 01 56 88 20 79
www.evensfoundation.be

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