ART | CRITIQUE

La galerie Jean Brolly expose actuellement 250 œuvres de 5O artistes: des dessins et des œuvres sur papier. Au cœur de cet ensemble, sont placés deux manuscrits de Marcel Proust.

Sur le mur central de la galerie, l’accrochage a été pensé de façon symétrique et sous une forme globalement pyramidale. Le mur du fond a été peint en mauve. La composition de l’ensemble est conçue dans l’esprit d’un cabinet de curiosités. Sa symétrie fait plutôt référence aux accrochages type collection de Docteur Barnes. C’est le galeriste lui-même qui a conçu l’exposition sur ce mode citationnel teinté d’une certaine ironie.

Au sommet de la pyramide, une œuvre de Gérard Collin-Thiébaut: un puzzle de La Tour de Babel de Jérôme Bosch, encadré de bois doré. Le dessin est un langage. Ce mur entier de dessins peut aussi se voir sous l’angle de cette pluralité des langages. De chaque côté, deux colonnes découpées de papier peint signé Claude Closky et édité par le CNEAI. Elles sont couvertes de texte; écho supplémentaire au langage, écrit, cette fois.

Au centre de la composition, les deux manuscrits encadrés sous-verre de Marcel Proust instaurent effectivement l’écriture comme point de référence à cet ensemble. Ce sont deux « paperoles »; sont désignés ainsi, les collages de bouts de textes réunis par Proust sur un même support au moment le l’élaboration de son roman. Ici, Du côté de chez Swan. Se révèle dans ces documents une véritable plasticité de l’écriture de Proust, à partir de laquelle le visiteur est invité à appréhender le reste de la collection de dessins. De chaque côté, au-dessus et en-dessous, se déploient des œuvres qui s’associent deux à deux, d’un même auteur, d’une même série, accrochées symétriquement l’une par rapport à l’autre. Citons les pages d’écolier de Didier Trénet, les dessins érotiques de Paul-Armand Gette et ceux d’Adam Adach, les dessins d’écriture de Ben Vautier et enfin, le magnifique dessin de rhinocéros signé Huang Yong Ping et hommage à Dürer, dont Jean Brolly se fera un plaisir de raconter l’histoire au visiteur.

Dans les deux salles latérales, les œuvres sont présentées de façon différente; elles sont encadrées également ou parfois simplement étiquetées et emballées sous plastique. Elles sont disposées le long d’un rayonnage qui les trie par auteurs. Elles se superposent, s’offrent à la manipulation, au déplacement.

D’autres expositions de dessins ont actuellement lieu dans Paris. Elles offrent l’occasion de découvrir cette pratique rarement délaissée par les artistes et qui s’affirme dans les démarches contemporaines, moins comme une phase préparatoire au travail que comme un accompagnement parallèle de la recherche.

Artistes :
Adam Adach, Stéphane Albert, Sylvie Auvray, Frédéric Bruly Brouabré, Nicolas Chardon, Jean Claus, Claude Closky, Gérard Collin-Thiébaut, Philippe Decrauzat, Andreas Dobler, Mustafa Duzgünman, Richard Fauguet, Jean Fautrier, Christiane Geoffroy, Paul-Armand Gette, Thomas Hirschhorn, Gottfried Honegger, Huang Yong Ping, Titouan Lamazou, Bertrand Lavier, Rainier Lericolais, Sol Lewitt, Liu Yu, Cyrille Martin, Mathieu Mercier, Marcel Miracle, François Morellet, Victor Mutale, Kacem Noua, Steven Parrino, Romain Pellas, Marcel Proust, Sarkis Pierre Savatier, Alain Séchas, Christelle Sionneau, Tu Yen-Fong, David Tremlett, Didier Trénet, Felice Varini, Ben Vautier, Michel Verjux, Michaël Viala, Jacques Vieille, Wang Du, Wang Zhong, Moo Chew Wong, Xiao Fan, Yan Pei Ming, Yun Hyong-Keun.