DESIGN | CRITIQUE

Thonik

PMarine Drouin
@27 Jan 2010

Un premier passage à Paris pour ce duo de designers graphiques amstellodamois. Depuis les identités visuelles pour les institutions publiques néerlandaises à la XIe Biennale d’architecture de Venise, on apprécie l’exportation de son style net, souple et audacieux. Plus qu’un logo ou une plaquette, Thonik investit vos lieux.

Le design de Thonik se déploie volontiers. Thomas Widdershoven et Nikki Gonnissen livrent aux institutions une identité-outil, dynamique. L’intelligence du lieu s’étend pour eux d’une carte de visite à la signalétique du bâtiment. Ils déclinent dans l’espace les signes d’un matérialisme assumé: à l’Institut néerlandais le 3 février, Thonik tiendra une table ronde sur les interactions entre sa discipline et le marketing. A la Galerie Anatome, un bilan en images…

… Et en volumes ! Affiches et documents y côtoient les produits dérivés de la campagne que Thonik a réalisée avec le Socialist Party, les vêtements de travail des employés de la bibliothèque dont il a renouvelé l’identité, ou encore les modules entre sculpture et mobilier urbain qui ont fait la communication de la Biennale de Venise en 2008. Un langage visuel imprimé ou tridimensionnel pour les besoins de l’itinérance. Le motif, inspiré du pont de Rialto, est un globe surmonté d’une maison à emboîter dans un autre: le début d’un alphabet urbain, local et global.

Thonik voit les choses en grand, mais c’est à l’échelle d’une typographie ou d’un signe qu’il répond à la commande. Pour le Socialist Party, une fonte en capitales et un emblème qui retrouve son rôle de ponctuation projectile et vitaminée: une tomate à la tige étoilée. En rouge et blanc avec une force ostentatoire… et décomplexée vis-à-vis des artifices de son leader, à la une avec un bol de soupe ou dans une vidéo virale où il brave divers obstacles à la communication avec son électeur, vous ! Ce travail de marque assure une fermeté à la position du parti et la singularité de sa nouvelle adresse. Les slogans « Ici et maintenant » ou « Globaliser autrement » prennent une dimension qui outrepasse les limites du papier, vers un mouvement dans le réel qui rend lisible leur efficacité.

Démonstration de cohérence assortie d’une liberté de ton… Thonik, entre rigueur et intuition, fait aussi ses preuves en dehors du marketing. Ainsi pour le Centraal Museum avec un défi: fédérer cinq collections autonomes. La clé du succès ? La lettre C, en forme de réunion ouverte. Elle peut se loger en d’autres pour plus de relief, relever en couleur l’objet des documents (with Compliments; faCture) ou faire image en formant les cornes et les yeux d’une figure. Des cellules organiques et structurelles, qui à cinq forment une perspective.

De même les sillons de la police du Museum Boijmans van Beuningen: composée de lignes variables en nombre, épaisseur et couleurs, elle opère une vibration optique stimulante et traduit un musée en mouvement. Rayonnants, ses lettrages emplissent l’espace d’un imprimé à partir d’un seul signe; dynamique, on y lit sa puissance de déplacement, de circulation. Et à même le bâti, sa cour se transforme en jardin zen par contagion typographique au sol.

Si cet idiome à la fois élémentaire et anti-systémique a convaincu les autorités publiques, c’est sûrement l’effet de son « happy modernisme » selon l’expression de Thomas Widdershoven. Du modernisme, Thonik a l’homogénéité, du postmodernisme une liberté d’expérimentation, du marketing juste assez d’audace et de ses designers une subjectivité gaie. Ils ont repris l’identité de leur ville, les trois croix de Saint-André et les pictogrammes associés à chaque service. Un travail de fourmi également mené à la bibliothèque, dont le sigle OBA s’axe et se désaxe, horizontal ou vertical sur sa façade, ses rayonnages et jusqu’aux vestes des documentalistes !

Thonik donne des envies d’espace et de parcours. Un jeu de pistes pour une communication plus claire, qui rompt avec le sérieux face à face des identités. Pour célébrer le jubilé de la reine, il est assorti d’un jeu de cartes de 25 affiches dans la ville. Un dosage exemplaire de respect (par année, les vues des discours de Beatrix), de dérision joyeuse (ces clichés colorisés parodient les portraits royaux) et d’actualité (le logo représente une couronne symétrique dans sa forme… et asymétrique dans son ornement).

Thonik
Logo du SP (Socialist Party). Papier.
— SP, campagne électorale, affiche, Amsterdam. Papier.
— Musée Boijmans van Beuningen, affiche d’exposition, Rotterdam, 2007. Papier.
— Centraal Museum, identité visuelle, de 2006 à aujourd’hui, Utrecht. Papier.
— Marta Herford Museum, Allemagne, affiche et couverture de livre, 2004. Papier.
Beatrix 25 years, campagne d’affiches, 2005, Amsterdam. Papier.