DANSE | SPECTACLE

Bounce!

09 Jan - 12 Jan 2019

Entre danse, cirque et musique, Bounce! explore les gestes de la chute et du rebond. Créée par Thomas Guerry et Camille Rocailleux, la pièce mobilise quatre danseurs-musiciens. Avec un cinquième protagoniste : un cube. Aussi massif que mutique, le cube oscille entre obstacle et défi à relever.

L’échec effraie autant qu’il fascine. Avec Bounce! (2012), le chorégraphe Thomas Guerry et le compositeur Camille Rocailleux (Cie Arcosm) livrent un quatuor conjuguant danse et musique. Une pièce poético-burlesque autour du rebond. Rebondir ! Telle est bien l’injonction accompagnant toute chute. Et dans la société actuelle, ce ne sont pas les occasions de trébucher qui font défaut. Pièce tout public (dès 7 ans), Bounce! explore ainsi l’étrange manège qui peut se mettre en place face à un obstacle. Sur scène, un cube. Imposant et hermétique. Inamovible, il est là, dans son existence monolithique, sans communication. Face à ce cube, quatre danseurs ; quatre contorsionnistes et musiciens (violon et contrebasse). D’abord les deux danseurs s’échauffent tandis que les deux musiciens s’accordent. Puis les choses glissent. Quelque chose se produit et le cube devient alors comme magnétique. Les interprètes s’y heurtent, s’y frottent, s’y piquent. Papillons de nuit pris dans la flamme.

Bounce! de Thomas Guerry et Camille Rocailleux : l’art du rebond, dansé et musical

Avec souplesse, les danseurs se cognent au cube. Le choc les fait basculer dans une contorsion qui se ressaisit en rebond. Apprendre à tomber. Ou, pour reprendre les mots de Samuel Beckett dans Worstward Ho (1982, traduit par Cap au pire) : « Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better. » [Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essayer encore. Échouer encore. Échouer mieux.] De la frustration qui exacerbe le désir à l’acceptation, Bounce! se joue du ratage. En y injectant une poésie ludique, d’où émerge la grâce de tomber pour mieux se relever. L’art de la chute et ses mouvements — une certaine manière de mettre les mains, de ne pas retenir l’élan, d’amollir son corps pour amortir le choc… L’art de jouer du violon la tête en bas… Une certaine manière de se jeter contre des murs inébranlables… Bounce! est là pour explorer les pistes.

L’échec et l’erreur comme sources d’inspiration : un quatuor poético-burlesque

Quatuor de danseurs-musiciens, Bounce! est interprété par Sylvain Robine, Cloé Vaurillon et (en alternance) Côme Calmelet, Aurélien Le Glaunec, Joakim Lorca, ainsi que (en alternance) Quelen Lamouroux, Anne-lise Binard. Pour un morceau de danse et de cirque musical joyeux. Traditionnellement, l’échec laisse ceux qui l’éprouvent en proie à un sentiment de malaise, de honte. Pourtant l’apprentissage est jonché de tests et d’erreurs. Et La Fécondité des erreurs (titre d’un essai de Bernard Pourprix, 2003) n’est plus à démontrer, du moins en épistémologie. Là où même les technologies numériques s’y mettent — l’édition 2018 du festival viennois Ars Electronica aura ainsi été consacrée à l’Erreur. Source de mutations, aiguillon de la créativité, l’échec pique l’imagination. Avec Bounce!, c’est par la danse et la musique que l’obstacle se transforme en opportunité. Sans gommer ce que cela peut avoir de douloureux, depuis 2012 Bounce! dédramatise ainsi la chute en incitant tendrement au rebond.