DANSE | SPECTACLE

The Roots

23 Déc - 30 Déc 2015
Vernissage le 23 Déc 2015

Avec The Roots, spectacle interprété par onze danseurs, le chorégraphe Kader Attou entreprend un retour aux sources de la danse hip hop, danse à laquelle il désire également rendre hommage. Le Théâtre de Chaillot présente également Opus 14, de Kader Attou, du 16 au 19 décembre 2015.

Kader Attou
The Roots

(…) Le propos de The Roots n’est pas celui des racines identitaires, mais bien un questionnement de ce qu’est la danse hip hop, éternelle appropriation de codes, remaniés, revisités dans l’élaboration de nouveaux langages. A tout questionnement du genre, Kader Attou n’apporte pas une réponse intellectuelle – fut-elle longuement pensée et mûrie. Avec son apparente simplicité, celle des meilleurs versificateurs, elle est fondue dans sa matière, sa manière à lui : joie de créer ; rage et sourire; rythme, détente, tension ; vitesse et retenue, puissance et lenteur; instant tai-chi, jeux de jambes et jeux de mains ; fermeture, ouverture, figure, rupture… sont les nourritures de sa poétique du corps.

Le corps est poétique si le chorégraphe est sincère, si le danseur est juste, et si la danse apporte cet indicible bonheur qui nous est commun – par convention, appelons cela émotion – et que l’on peut partager. Si, si… si ! Les conditions sont posées, Kader Attou les a réunies. Pas d’audition, des rencontres, avec des danseurs vus ailleurs, en d’autres pièces ; la danse de chacun, l’écoute des intentions et vibrations de chaque corps produisant chez le chorégraphe l’alchimie de la création.

Onze en scène, c’est un corps multiple. Pour The Roots, Kader Attou écrit dans la masse, comme un sculpteur. Onze en scène, ce sont autant de corps uniques. Kader Attou prend soin de l’Un dans le Nombre comme un compositeur orchestrerait sa musique. Tout cela fait sens, et nous renvoie à ce que pourrait être une biographie de The Roots : la trace d’un petit bonhomme gone chantant au fond de sa mémoire la berceuse de Idir, vieux 45 tours crépitant des sillons sur un électrophone rose. En sa mémoire aussi, le jour où sa mère, après l’école, l’a conduit sur un chemin de Lyon qui ne rentrait pas droit à la maison. On va où, maman ? Là, juste où se trouve la salle de boxe.

Dans la cour d’école, on n’usait pas que du beau savoir des verbes pour répondre à l’insulte ou rendre les coups. Mais en ce détour du chemin, c’était de boxe américaine qu’il s’agissait. Un combat comme une danse. Kader allait toucher l’art avec ses poings. Par chance, le professeur avait en plus un goût prononcé pour le cirque.

A ce tour théâtral que prenait le ring, la télévision du samedi – 14 heures pile – ajouta sa vitamine : H.I.P. H.O.P. (épeler achipé achopé), émission culte. Sidney élevait en vedettes les gars des quartiers. Passe le générique de fin, dans un quartier semblable, Kader Attou jetait un carré de carton sur le trottoir et, sur ce carré-là, répétait les gestes à chiper, à choper. Un moment, cela put devenir un projet de vie, faire troupe et prendre un nom : compagnie Accrorap, réunion d’amis descendus du même ring, sortis du rang et de la même école de cirque, décrochés de la même Leçon de Sidney, traverses du même frisson de la danse. Sur le carton plaqué au béton, ils jouaient des chorégraphies. Sur ce carré déjà, abondance de traces. Ils en laisseront en pagaille et partout : à Zagreb, en Inde, au Mexique, à La Villette. Et jusqu’ici : Hip hop ayant grandi, il fut choisi. Avec pour seul viatique ce langage universel, ce vocable commun – de ce qui nous est commun – Kader Attou et compagnie ont dansé pour les jeunes des camps de refugies en ex-Yougoslavie, dans les favelas de Rio, dans les quartiers périphériques algérois. Les corps étrangers ne le sont pas tant que cela.

La preuve : tous les corps dans le hip hop de Kader Attou parlent de condition humaine, de la (re)connaissance de l’autre, d’une rencontre avec… The Roots esquisse le vital et vaste réseau racinaire de tout cela. Alors voyons comment la sève irrigue la danse ; voyons comment, sans perdre de sa nature et de sa culture urbaine, Kader Attou élabore une authentique danse d’auteur. Et voyons-le encore, sans jamais céder à la tentation de seulement plaire ou performer, tenir et véhiculer le propos d’un témoin de son temps élève (au sens ou s’élève l’esprit) dans le creuset des différences.

Tout cela s’appelle « l’intelligence en mouvement »… et c’est dit-on l’une des étymologies possibles du mot. Hip hop.

Elian Monteiro

Direction artistique et chorégraphie: Kader Attou
Scénographie: Olivier Borne
Peintures originales: Ludmila Volf
Création sonore originale: Régis Ballet – Diaphane, augmentée de musiques additionnelles
Lumières: Fabrice Crouzet
Costumes: Nadia Genez
Avec: Babacar « Bouba » Cissé, Bruce Chiefare, Virgile Dagneaux, Erwan Godard, Mabrouk
Gouicem, Adrien Goulinet, Kevin Mischel, Artem Orlov, Mehdi Ouachek, Nabil Ouelhadj,
Maxime Vicente

Informations
Salle Jean Vilar
Mercredi 23, samedi 26, mardi 29 et mercredi 30 décembre 2015, à 20h30
Jeudi 24 décembre 2015, à 19h30
Vendredi 25 décembre, à 17h
Dimanche 27 décembre, à 15h30
Durée : 1h30
Tarifs : 35 € plein tarif, 27 € tarif réduit, 11 € et 13 € tarifs jeunes
Renseignements : 01 53 65 30 00

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