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The Last Piece by John Fare, curated by John Fare Estate

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

Réalité ou fiction, la galerie gb agency revient, avec la complicité de Gabriel Lester, sur le mythe de l’artiste, à travers la légende du performer John Fare, dont l’œuvre ultime fut son suicide.

En exergue de l’exposition présentée à la galerie gb agency, cette phrase prononcée par le mathématicien et physicien James Clerk Maxwell sur son lit de mort en 1879: «Ce qui a été accompli par ce que j’ai appelé moi-même, a été, je pense, accompli par quelque chose de plus grand que moi».

Après avoir, au début de l’année, rendu hommage au vidéaste Robert Breer, la galerie gb agency rend hommage à un autre artiste, John Fare (1936-1971), performer canadien disparu en 1971. Pour cela, les organisateurs de l’exposition, sous la supervision de la succession John Fare, qui veille à ses dernières volontés, ont demandé à l’artiste Gabriel Lester de devenir son «incarnation», notamment par l’exécution de performances.

Pourtant la question reste posée : John Fare est-il une légende, un mythe, une affabulation? Gabriel Lester, dans le texte introductif à l’exposition, semble douter de l’existence même de Fare. D’après ses recherches, «John Fare était une apparition, un artiste supposé avoir existé et accompli des actes d’automutilation avec l’aide d’un scientifique et d’un robot chirurgical spécialement conçu et qui, finalement, avait mis fin à sa vie et à son œuvre en réalisant un acte d’auto-décapitation».

Une fois passé le premier étonnement à l’écoute de cette légende d’un artiste qui se serait petit à petit amputé, pour devenir un être de métal et de plastique, puis aurait créé un robot destiné à sa propre destruction, on en vient, avec Gabriel Lester, à s’interroger sur les capacités fictionnelles et symboliques du mythe de l’artiste, «quelqu’un qui n’a vraisemblablement jamais existé, et qui pourtant vit pour toujours». Car avec la mort d’un éventuel John Fare, on arrive à l’extrême de la destruction en art, c’est-à-dire à celle de l’artiste, comme aboutissement du mythe romantique de l’artiste maudit. Selon Gabriel Lester, le cas John Fare serait «une pure potentialité» de l’existence d’un artiste inscrit dans une démarche d’autodestruction. Est abordée également la question de l’exploitation de la personne et de son œuvre par une «succession» qui, le cas échéant, gèrerait les prolongements de telle ou telle déclaration de l’artiste décédé, avec le risque patent de pervertir le sens de son œuvre.

Gabriel Lester
Leurre (Drop Il Like It’s Hot), 2007. Aimant électrique, horloge. Dimensions variables.
Tony Clifton Suit, 2007. Coton, doublure en soie.

Mario Garcia Torres
Recreation of John Fare’s Phantom Fingers Snapping, According to the Notebook of the Late Marja Erbeckt, 2007. Lecteur audio à bandes.

Mariana Castillo Deball
Doorknockers, 2007. Miroirs. Porcelaine. Dimensions variables.

René Gabri
Notes of John Fare Story, 2007. Installation. Dimensions variables.

Juozas Laivys
Bratz, 2007. Plâtre.