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Tableaux

23 Sep - 05 Nov 2010
Vernissage le 22 Sep 2010

Véritable analogie entre la photographie et la peinture, cet ensemble photographique réalisé par Olivier Nord, interroge la société contemporaine, sans pour autant perdre de vue l’histoire picturale.

Communiqué de presse
Tableaux
Olivier Nord

Véritable analogie entre la photographie et la peinture, cet ensemble photographique réalisé par Olivier Nord, interroge la société contemporaine, sans pour autant perdre de vue l’histoire picturale. A partir de la réalité captée par l’appareil photographique, l’artiste en recrée une autre, s’armant de technologies actuelles et d’inspirations du passé.

Tableaux
«L’ensemble des tableaux présentés dans ce corpus a été réalisé dans le cadre d’un projet développé depuis deux ans et que je poursuis cette année comme artiste résident de la Casa de Velázquez à Madrid.

Ayant d’abord abordé la photographie dans les domaines du paysage et de l’architecture, c’est l’usage de la chambre photographique qui m’a finalement intéressé dans cette pratique, et la notion picturale qui s’en dégageait. La progression de mon travail a également été conditionnée par le passage de l’image argentique à celle dite numérique faisant évoluer ma perception du cadre comme celui d’une «fenêtre sur le réel» jusqu’à un ensemble de points malléables que l’on nomme communément «pixels».

Dès lors grâce aux outils logiciels permettant un traitement toujours plus poussé de cette «information», l’idée est née que ce processus pourrait être poussé à la re-création totale d’une image photographique: celle-ci prenant maintenant le statut de «modèle» après en avoir été le support.

Finalement, l’idée qui sous-tend ces évolutions est de tenter de développer un mode de représentation inspiré de la peinture. Pour autant, il s’agit toujours d’utiliser un fichier numérique constitué d’un ensemble de pixels considérés comme de véritables pigments apposés sur une toile. Ils créent une image qui reste toujours apparentée au medium photographique dans le rendu, tout en y associant le geste pictural et la liberté créative dans la forme.

Il en ressort un trouble: l’image est lisse malgré la présence d’une touche modelant la surface du papier photo. Ce processus de fabrication est rendu possible par l’intermédiaire d’outils: notamment la palette graphique permet la préhension «sensible» d’un stylet comme on le ferait d’un pinceau. Ainsi, à partir d’un fichier vide de toute information, tous les pixels sont apposés par touches successives pour créer le motif.

De par ma formation de photographe, c’est l’image qui est devenue mon mode de représentation du réel. J’envisage donc aujourd’hui mon travail régulier de prise de vue comme une analogie à la pratique du carnet de croquis. Cela me permet de conserver des «dessins» photographiques qui seront les supports des compositions qui pourront être développées par la suite.

Comme pour la peinture, le but de ce processus est de pouvoir s’approprier totalement chacun des pixels produits sur l’image en instaurant un rapport presque charnel avec sa mise en oeuvre. Ces tableaux peuvent alors développer des interrogations qui leur sont propres.

Comme «Le peintre de la vie moderne», énoncé par C. Baudelaire en 1863 et repris plus tard par Jeff Wall, je cherche à traduire dans mes compositions, certaines de mes lectures de notre monde contemporain tout en restant inscrit dans une histoire picturale. Par contre, mes tableaux sont toujours réalisés à partir de fractions d’un réel immédiat et isolés par «l’instant décisif».

Je m’appuie sur la réalité disponible pour en créer une autre. Cette surréalité devient alors une fiction traitant d’une réalité transcendée. Ce processus me permet de travailler seul en ne faisant intervenir aucun figurant. Je peux ainsi développer librement le potentiel dramatique perçu puis saisi dans une scène, comme une illustration de la dimension narrative d’un possible tableau.

Une fois la composition aboutie, c’est la touche qui donne enfin corps à cette vision. Ainsi, la réalisation de cette «peinture numérique» se fait pour une dimension fixée dès le départ. Une échelle réfléchie existe entre la taille du tableau final et la taille du pinceau utilisé et par conséquent, la véritable échelle de lecture de ces images, reste encore celle de l’objet physique produit: le tableau.